jeudi 2 avril 2020

Une couronne empoisonnée : Sainte Corona et le gouvernement mondial

Par Gearóid Ó Colmáin



La réflexion qui va suivre soutient que la France doit se confronter avec sa propre histoire si elle doit encore diriger l'Europe, alors que les chrétiens devraient étudier la culture qui vénérait Sainte Corona, une culture de valeur plutôt que de peur.

Vous l'avez probablement et sinon, vous l'aurez certainement. Le mot coronavirus vient du latin coruna, couronne et de virus, poison, c'est l'un des millions de morceaux de débris d'ADN qui flottent dans notre corps. Le corps humain est une machine métabolique qui absorbe des nutriments et expulse des toxines en permanence. La maladie se produit lorsque le processus métabolique se détraque. Toute maladie est une toxémie : un excès de toxines dans le corps – ou dans l'esprit parce que nos pensées peuvent aussi nous rendre malades. Les docteurs attribuent de plus en plus la maladie physique au stress et au tourment émotionnel. La panique et le traumatisme du confinement mondial vont provoquer des millions de suicides, de dépressions et d'autres problèmes sanitaires.

L'âge joue naturellement un rôle majeur dans la maladie. Les gens âgés ont souvent des systèmes immunitaires appauvris et peuvent mourir d'un simple rhume. Plus de 650.000 personnes par an décèdent de la grippe. Bon nombre de ces gens ont plus de 60 ans et un haut pourcentage d'entre eux souffre d'autres formes graves de toxémie.

Si nous sommes en forme et en bonne santé, nous allons probablement ingérer beaucoup de poison et survivre. Si nous sommes vieux et faible, cela va probablement nous tuer. Ainsi, qu'est-ce qu'il y a de particulier dans ce poison qui fait paniquer tout le monde ? On nous a expliqué qu'il a la morphologie d'une corona ou couronne. Les grands médias nous expliquent même qu'il pourrait s'agir de la couronne des poisons, le roi des pandémies. On ne peut s'empêcher de suspecter que cela fera plaisir aux réchauffistes mondiaux, qui nous disent désormais que c'est la façon dont la planète dit qu'elle en a assez. Les écologistes semblent penser que la nature est une personne qui nous donne des signes de son mécontentement.

Quand donc a commencé cette histoire ? C'est difficile à dire. Dans mon dernier article pour le journal The Irish Patriot, j'ai mentionné la simulation du Event 201 qui a été menée par le gouvernement mondial en octobre 2019. Notre gouvernement mondial est remarquablement transparent. Ce n'est pas l'une de ces cabales secrètes se réunissant dans une grotte. Les vidéos de la simulation sont en ligne et nos leaders non-élus ont été parfaitement transparents et honnêtes sur la nécessité de protéger la population d'une pandémie mondiale qui pourrait tuer des millions de personnes.

Ils étaient également très concernés par le fait qu'on  pourrait ne pas écouter leurs organes de presse de confiance ; que les gens pourraient lire des opinions non autorisées sur des blogs et les réseaux sociaux. Twitter aurait du être contrôlé et des lois auraient du être votées pour criminaliser les opinions non autorisées. Cela pourrait choquer l'Américain plus que, disons-le, le Français. La France est un pays bien plus autoritaire que les États-Unis. En fait, c'est probablement le pays le plus autoritaire du monde. Cela pourrait surprendre les gens qui vont dire que cela doit être la Corée du Nord, l'Iran ou la Chine etc.

Certainement, ces pays posent des limites sur ce que vous avez le droit de dire et faire, sans avoir des ennuis. Mais les limites sont différentes parce qu'aucune d'entre elles ne prétendent être l'autorité légitime. Pour la France, c'est différent. La France est un pays qui, jusqu'à l'apostasie du roi absolutiste Louis XIV, avait proclamé que son leader, c'était Dieu. Le Roi de France historique officiel, c'est Jésus-Christ et la Mère Bénie, c'est la reine. Cette mystique est la clé pour comprendre ce que je veux dire en disant que la France est le pays le plus autoritaire du monde. Le mot « autorité » viens du latin augure, s'accroître. Par conséquent, qu'est-ce que cela signifie de dire qu'un pays est associé avec l'accroissement divin ? Prenez un livre d'histoire. Qu'y trouvez-vous ? Que la France a évangélisé le monde.

Les Français, plus que n'importe quelle autre nation, a construit la civilisation occidentale. Par civilisation occidentale, nous voulons dire la Chrétienté. Bien sûr, c'est aussi bien oriental qu'occidental. On l'appelle occidental à cause du rôle de la France. Alors que l'Espagne était le plus grand empire qui n'ait jamais existé, la France avait un rôle crucial et ici, nous voulons aimer son rôle dans le destin de la Chrétienté.

Les quatre grandes catastrophes de la France

Il y a probablement quatre événements de l'histoire de France qui ont saboté l'autorité de l'aristocratie : l'absolutisme de Louis XIV, la Révolution française, la bataille de Waterloo et l'occupation allemande. L'absolutisme de Louis XIV a brisé la promesse de la France envers Rome d'être sa protectrice. La France a perdu son autorité par la suite.

Sous bien des aspects, la révolution française était un châtiment justifié pour la trahison et la corruption des derniers rois capétiens.

Mais la révolution était simplement la transplantation de la philosophie déiste anglaise sur le sol qui avait donné au monde St Thomas d'Aquin et les grands noms de la scolastique. Tout au long du XIXe siècle, la nouvelle église franc-maçonne s'est affirmée face à l'ancienne mais c'était l'église de la riche bourgeoisie. La nouvelle religion de l'homme a remplacé le clergé avec les arrogants « philosophes » et « experts ». L'ancien ministre de l'Éducation nationale, Vincent Peillon, a décrit la franc-maçonnerie comme la religion d'état en France. Quelle religion laide, froide et impopulaire !

Beaucoup de gens qui écoutent l'appareil médiatique d'état croient qu'ils sont libres. La liberté, c'est le crédo de la religion d'état. En effet, le mot frank signifie libre. Un Français est un homme libre.

La croyance en la liberté est si forte que désormais le clergé explique que nous devons supprimer la liberté pour que nous soyons libres ! Partout où vous allez, vous entendez quelqu'un répéter le psaume d'état : État, délivrez-nous du mal, maintenant et pour toujours, amen.

Dans l'ordre ancien, l'ouvrier et sa famille étaient protégés par les guildes de travailleurs et les sacrements de l'Église, qui était ouverte jour et nuit pour le public. Les différences de classe et l'exploitation existaient, mais les aristocrates recevaient souvent leurs titres et leurs privilèges pour avoir risqué leurs vies pendant des croisades et des guerres. Bien des aristocrates avaient de la légitimité et de l'autorité. Les élites actuelles n'ont, au contraire, pas la moindre autorité : Mammon est la base de leur être social.

Autrefois, les gens vivaient dans la conscience et la peur permanente de la mort. Il était fréquent que les parents enterrent leurs enfants.

La douleur et la souffrance faisaient partie de la vie. Les gens de toutes les classes ne craignaient pas seulement la mort ; ils craignaient les quatre dernières choses : la mort, le jugement, le paradis et l'enfer.

Aujourd'hui, les gens vivent leurs vies comme s'ils n'allaient jamais mourir. Le clergé d'état nous dit que, en un sens, la mort n'existe pas. Nous sommes simplement désactivés et nous ne ressentons plus rien. Comme Willa Cather l'explique, le laboratoire et non plus l'agneau de Dieu a enlevé les péchés du monde. La croyance aveugle en l'autorité des scientifiques naturalistes nous a permis de fuir notre propre humanité.

Nous vivons dans un monde dirigé par l'intelligence mais qui est hostile à la raison. La philosophie moderne confond les deux. Nous pouvons fabriquer des iphones mais nous ne pouvons pas penser car notre intelligence a, en quelque sorte, surpassé la raison. Dans un monde complètement intelligent, il n'y a plus de besoin de pensée : l'intelligence, désormais complètement artificielle, peut la faire pour nous.

Après la Révolution française, Napoléon a conquis la moitié du monde et ensuite a tout perdu. Il se prenait pour Dieu et a fini ses jours comme un pathétique prisonnier des Britanniques. Après l'humiliation de l'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, les Français sont devenus encore une fois les vassaux des Anglo-Américains.

Je suis en train de lire un livre extraordinaire sur la Révolution nationale, la révolution nationale française de 1940-44. Bien des gens ne sont pas conscients du fait qu'il y a eu une seconde révolution en France, menée par le maréchal Philippe Pétain. Elle s'appelait la Révolution nationale mais elle est connue sous le terme péjoratif de Régime de Vichy. Le livre que je lis s'appelle 1940-1944. La révolution corporative spontanée de Jean Paillard.












Pendant la guerre, dans les zones sous le contrôle de Vichy, il y avait une révolution solidariste catholique : le système de guilde d'organisation du travail était de retour et était un succès remarquable. Mais une alliance de patrons et de leaders de syndicats de gauche s'y opposait. L'alliance entre des leaders de gauche et du capitalisme extrême remonte à loin.

Contrairement à un mythe populaire, Pétain était en fait un allié des États-Unis tout au long de la guerre. Cela a été confirmé dans les mémoires de l'ambassadeur des États-Unis pendant la guerre, l'amiral Leahy.

En tant qu'historienne communiste, Annie Lacroix-Riz démontre dans son excellent livre Le choix de la défaite : Les élites françaises dans les années 1930, qu'une cabale de financiers et d'industriels a conspiré pour permettre aux Allemands d'envahir et d'occuper la France pendant la guerre pour écraser les mouvements syndicaux et de subordonner la France au régime athéiste et matérialiste d'Hitler.

Jean Paillard était lui-même un ancien communiste qui a découvert que le solidarisme qu'il recherchait dans le communisme, pouvait être réalisé uniquement dans le catholicisme social. Ses analyses convergent avec celles de Lacroix-Riz – sauf qu'il montre que la cabale financière qui était plus connue sous le nom de « Synergie » était plus contre Pétain que les syndicats. En fait, ils ont utilisé les syndicats pour perturber les efforts de Pétain pour restaurer le système corporatiste. On peut penser à l'alliance Macron/Ruffin aujourd'hui ou Mélenchon et Dassault.

Pétain voulait que les ouvriers français soient maîtres de leur travail. Travail, famille, patrie remplaçait les valeurs dégénérées de la bourgeoisie : liberté, égalité et fraternité.

Tous les efforts faits par le régime de Vichy pour restaurer un système corporatiste particulièrement français étaient sabotés par les occupants allemands en collaboration avec la gauche française. La collaboration de la gauche française avec les nationaux-socialistes allemands n'est pas bien connue mais était assez répandue.

Pétain voulait amener le capitalisme financier à sa fin. Dans ses discours et ses lettres, il s'insurgeait contre les élites financières – leur manque de patriotisme, leur malhonnêteté et leur rapacité.

Philippe Pétain était l'un des derniers grands leaders français. Un héros de la Première Guerre Mondiale, le Maréchal a travaillé sans relâche de 1940 à 1944 pour restaurer la civilisation française. Pétain avait une autorité morale mais très peu de pouvoir. Son cabinet était toujours plein de traîtres et de gredins travaillant en coulisses pour la Synergie. Pétait haïssait clairement l'oligarchie financière mais aimait les travailleurs français.

Les propagandistes de l'après-guerre en France adorent présenter l'armistice signée avec Hitler comme une grande trahison de la France. Mais c'était l'oligarchie financière qui complotait pour la destruction et la défaite de la nation. L'armistice a été une grande victoire sur Hitler, parce qu'elle a permis à Pétain de maintenir le contrôle sur les zones clés de l'Empire français.

Il est étrange que Pétain ait été présenté comme un grand collaborateur d'Hitler, en dépit du fait que le chancelier allemand l'a finalement arrêté et jeté en prison, pendant que les intellectuels de gauche de l'après-guerre ont tous collaboré avec les occupants allemands à Paris.

Pétain a établi un régime qui a beaucoup de similarités avec l'esprit de l’anarcho-syndicalisme, sauf que la lutte de classe a été remplacée par la coopération de classe. Et il y avait un leadership légitime de l'Église catholique.

Les corporations était une forme d'auto-gouvernement. L'État jouait simplement le rôle de médiateur dans des disputes au sein des corporations. On ne doit pas confondre les guildes de travailleurs ou les corporations avec l'idée capitaliste de corporation. Elles étaient l'exact opposé de la corporation capitaliste.

Je ne pense pas que tout cela intéresserait les gauchistes contemporains. Mais par les temps qui courent, rien ne semble les intéresser sinon le LGBTP, le changement climatique, l'immigration et l'antiracisme. Si vous ne me croyez pas, prenez un exemplaire de n'importe quel magazine culturel et vous lirez sur tous ces thèmes dans n'importe quel article, sur n'importe quel film, documentaire, pièce de théâtre ou événement politique.

Ce qui est triste concernant la mondialisation, c'est que la langue et la culture n'ont plus d'importance. Lorsque je prend l'équivalent irlandais des magazines français, je lis exactement la même médiocrité, écrite par exactement les mêmes petit-bourgeois gauchistes. Je pense que le coronavirus pourrait aider certains de ces gauchistes à comprendre que se soustraire de la réalité n'est plus une option et qu'il est sans doute temps de grandir.

Mais revenons à Pétain. Lui, comme Staline, voulait détruire l'état. Mais alors que Staline voulait détruire l'état bourgeois pour le remplacer par la dictature du prolétariat, Pétain voulait éliminer à la fois le prolétariat et la bourgeoisie.

En d'autres mots, le travailleur chrétien souverain et se gouvernant lui-même ne serait plus dirigé par une classe mais par le Roi de France, Jésus-Christ. Le philosophe irlandais Denis Fahey, qui est largement lu en France mais pas en Irlande, voulait le règne social du Christ-Roi. L'égalité radicale et la justice sociale sont possibles seulement par notre incorporation dans le Corps mystique du Christ.

En Union Soviétique, Staline a fait de vaillants efforts pour encourager les travailleurs à s'engager dans l'autocritique. Il est dommage que les gauchistes ne lisent pas les écrits volumineux de Staline. Ils pourraient en apprendre beaucoup sur le communisme. Mais bien sûr, beaucoup de gauchistes haïssent Staline et adorent Trotsky. De Bernie Sanders à Jean-Luc Mélenchon, le gauchisme est un jeu cynique pour les perdants et la révolution éternellement « trahie ».

Toutes les expériences progressistes en URSS ont échoué. Le succès économique de l'époque de Staline était largement du au patriotisme et au nationalisme que Staline arrivait à infuser chez les ouvriers soviétiques et le génie de son leadership était largement du au fait que lui, comme Salazar au Portugal, avait eu une formation de prêtre. Les communistes devraient bien se demander pourquoi Staline, un marxiste, disait souvent à ses camarades, « Que Dieu soit avec vous. »

Un système corporatiste ravivé et modernisé où le bien public est le moteur de la production est la base de la doctrine sociale de l'Église. Le seul moyen de mettre en place un tel système est d'éliminer les parlements et les politiciens et donner le pouvoir exécutif aux guildes de travailleurs. Mais un leader fort est aussi nécessaire. Le mouvement des Gilets jaunes a échoué parce qu'il était acéphale, sans leader. Le syndicalisme est en échec depuis longtemps à cause de la cooptation de ses leaders par des traîtres de classe et des charlatans.

Il y a un Index Librorum Prohibitorum en France de tous les auteurs de gauche et de droite qui ont plaidé le cas du pauvre vieux Maréchal ! Mais la Synergie a gagné la guerre et désormais, en a déclaré une nouvelle. Emmanuel Macron, ce colifichet des Rothschild, a dit être en guerre contre le coronavirus mais que veut-il dire par « nous » ?

La gauche française n'a jamais compris la conception marxiste de l'état. Lénine a dit que l'état est la dictature d'une classe contre une autre. Aucun gauchiste véritable affirmerait que l'état bourgeois d'une certaine façon, sert le peuple : il sert la classe qui exerce le pouvoir d'état. Donc, lorsque Macron explique que « nous » sommes en guerre, il veut dire que l'oligarchie est en guerre contre le peuple. N'oublions pas que depuis avant l'an dernier, le peuple de France est dans une guerre ouverte et furieuse contre « l'état ».

Mais au diable le marxisme ! La vision catholique de l'état est celle-ci : c'est le cerveau du corps. Dorénavant, ce cerveau est infecté et malade et la maladie a paralysé le corps politique.

La crise du coronavirus va probablement détruire l'économie mondiale. Seul un modèle économique solidariste construira un avenir viable. Tous les « miracles » économiques de l'après-guerre en Allemagne, en Italie et en Espagne sont basés sur l'application du catholicisme social. Les « Trente Glorieuses » en France, c'est trente ans de gloire économique largement due au fait que de Gaulle a maintenu certains aspects du catholicisme social de Pétain. Alors que nous entrons dans un effondrement économique et civilisationnel, le solidarisme est le seul chemin à prendre.

L'image des vitraux au dessus provient de la Sainte Chapelle à Paris, construite par Saint Louis pour abriter la Couronne d'épines. Selon moi, Louis IX était le plus grand leader de l'histoire parce qu'il avait compris que la fonction d'un leader chrétien était d'enseigner par l'exemple la vertu de l'humilité. Il méditait souvent devant la Couronne d'épines et pratiquait régulièrement le mortificatio superbae, la mortification de l'orgueil. Il invitait souvent des pauvres à sa table et leur servait à manger pendant que lui même jeûnait.

Le mythe Pasteur

Lorsque la nouvelle religion des droits humains et de la liberté prenait le contrôle de la France pendant le XIXe siècle, Louis Pasteur est devenu le scientifique le plus célèbre. Pasteur a développé la théorie du microbe pathogène qui dit que le corps devient malade lorsqu'un germe externe l'envahit.

Par conséquent, la clé du traitement est d'identifier le germe pathogène et essayer de le neutraliser.

Pasteur était un orateur brillant et un promoteur de ses propres travaux. Mais il a falsifié beaucoup d'expériences, trichant et mentant souvent de façon éhontée. Beaucoup d'universitaires ont désormais démontré que, sous bien des aspects, Louis Pasteur était bien plus un politicien qu'un scientifique. Son grand rival oublié était le professeur Antoine Béchamp. Béchamp a soutenu que la maladie était en quelque sorte dialectique – un processus complexe de facteurs externes et internes. Par conséquent, la clé pour une bonne santé, était de renforcer ses défenses naturelles corporelles, le  "milieu intérieur".

Au contraire de Pasteur, Béchamp était extrêmement rigoureux, menant des milliers d'expériences. Mais Béchamps n'avait pas de poids politique. La théorie du germe de la maladie a prévalu et c'est la vision acceptée d'aujourd'hui. Il est dommage que Michel Foucault, dont l'archéologie de savoir est si utile, n'ait pas enquêté sur le débat Pasteur/Béchamp. C'est un exemple convaincant du pouvoir qui définit un nouveau champ de savoir.

Il était plus sûr pour Foucault de se focaliser sur le travail de sape de la loi naturelle et de la raison – un passe-temps favori de l'oligarchie.

Le coronavirus est de gauche !


Source :

Il y a un remède au Covid-19 ou rhume banal : l'hydroxychloroquine. C'est simple, bon marché et extrêmement efficace. Un docteur aux États-Unis l'a essayé sur 100 patients et a eu un taux de réussite de 100%.

Cependant, la presse française a accusé le plus grand microbiologiste français, Didier Raoult, d'avoir fait la promotion d'une fake news : recommander l'hydroxychloroquine ! Lui et bien d'autres médecins ont été diabolisés par la presse pour avoir démystifié les raisons d'état de notre confinement.

Le docteur Raoult, qui est le directeur de l'Institut hospitalo-universitaire de Marseille, a agacé le gouvernement par le passé avec ses idées hérétiques sur Darwin et le changement climatique. Il a aussi accusé l'ancien ministre de la Santé, Agnès Buzyn de conflit d’intérêt du fait que son mari, Yves Lévy, a été directeur de l'INSERM pendant son mandat. Lévy a ouvert un laboratoire de recherche franco-chinois à Wuhan en février 2017. Buzyn a classifié l'hydroxychloroquine en substance vénéneuse en janvier de cette année, deux mois après l'irruption du virus en Chine.

Le dénigrement habituel et infantile a été utilisé au sujet de Raoult, comme étant « d’extrême droite » et « pro-Trump » etc. Encore une fois, cette mentalité infantile est le véritable virus.

Le Christ explique que nous devons être comme des enfants pour rentrer dans le royaume de Dieu. Emmanuel Macron explique que nous devons être comme des enfants pour être de bons citoyens. Mais il y a ici une différence. Le Christ a autorité et un bon enfant est nourri et élevé par une autorité légitime. Mais des monstres émergent du tutorat de tyrans. Ce que montre la crise, c'est que l'infantilisation publique est la principale crise sanitaire de notre temps.

Ceux qui suivent Macron et ses collaborateurs néolibéraux et « anti-néolibéraux » ne sortiront pas plus forts de cette crise ; ceux qui suivent le Christ le seront. Le président Trump explique vouloir que les églises américaines soient pleines pour le dimanche de Pâques. Que la théorie conspirationniste du Q-Anon soit vraie ou non (j'espère qu'elle l'est), Trump est le premier président à s'opposer ouvertement au « sacrement » de l'avortement et nombreux sont ses proches collaborateurs, de la First Lady à Steve Bannon et Mike Pence, qui sont catholiques. Cela pourrait signifier ou pas quelque chose de positif sur le long-terme mais nous pouvons raisonnablement espérer que cela le sera sur un contexte plus large.

Le docteur Wolfgang Wodarg, président de l'Assemblée parlementaire au conseil du Comité européen de la santé, a expliqué dans une vidéo que la pandémie toute entière est un canular. Beaucoup de gens qui meurent ont des conditions sous-jacentes et le coronavirus n'a rien de neuf. Wodarg a expliqué comment des virologues de Wuhan excessivement ambitieux et qui avaient identifié une autre souche de coronavirus, ont déclenché l'hystérie en bernant le gouvernement chinois.

Bien sûr, vous lirez beaucoup d'informations sur « Big Pharma » et la corruption dans les sites internet de gauche mais rien de concret qui vous permettrait de comprendre véritablement comment fonctionne la corruption ; rien, par exemple, sur le Dr. Wodarg qui, en 2010, a demandé une enquête sur l'influence des sociétés pharmaceutiques sur l'Organisation mondiale de la santé pendant la dernière grande hystérie médiatique : le virus H1N1.

C'est sans doute curieux que ce soit la science et la médecine françaises qui possèdent la clé pour écraser la couronne empoisonnée. Depuis la défaite de Napoléon, les Français pleurent la perte de leur grandeur. Mais la grandeur vient de l'autorité. Napoléon avait le pouvoir, la potestas mais pas d'autorité – tout comme nos gouvernants d'aujourd'hui. St Louis, au contraire, a contribué à construire la plus grande civilisation que le monde n'ait jamais connu parce qu'il avait l'autorictas.

La tentative de bannir, de faire voter des lois contre différents genres d'idées, de bannir les hérétiques etc.. si fréquents en France – la tolérance qui doit éliminer l'intolérance – est due à son rôle historique mondial inévitable en tant que fille aînée de l'Élise. En d'autres mots, la gauche française n'a pas perdu son catholicisme : elle comprend que les hérésies doivent être éliminées vigoureusement de l'état car les hérésies peuvent infecter le corps politique. Les catholiques sont d'accord avec les gauchistes petit-bourgeois. La liberté d'opinion et la liberté d'expression ne sont pas des valeurs catholiques. Nous aussi, nous croyons en la censure et la répression mais nous soutenons l'autorité et la vérité, alors que les gauchistes veulent affirmer leur croyance qu'il n y a pas de vérité en faisant de cet article de foi la nouvelle loi morale.

Ce que nous expérimentons actuellement, c'est la désintégration finale du désordre libéral. Gordon Brown explique que nous avons besoin d'un gouvernement mondial. Les catholiques approuvent. L'Église catholique a été instituée pour être le gouvernement mondial.

Le mentor du président Macron, Jacques Attali a dit vouloir voir un gouvernement mondial avec Jérusalem comme capitale, selon une tradition messianique juive. Il a aussi expliqué qu'une pandémie mondiale va permettre aux élites de bâtir ce gouvernement mondial. Comme Aldous Huxley l'a noté, la clé est de faire en sorte que les gens veulent être prisonniers.

Sainte Corona et le gouvernement mondial chrétien










Le moteur du gouvernement mondial est uniquement européen. Au IX siècle, Charlemagne a fait revivre l'Empire romain. Depuis le baptême de Clovis en 496, la France est intimement liée à la mystique romaine. L’appellation « fille aînée de l'Église » remonte à l'époque de Charlemagne lorsque les rois de France étaient ensevelis à Rome dans la chapelle Sainte-Pétronille. On croyait qu'elle avait été la fille spirituelle de St Pierre. Il y a un dauphin gravé sur le côté de son sarcophage.

Le terme de dauphin était utilisé pour qualifier les successeurs sur le trône de France.

Sainte Corona de Damas était invoquée contre les épidémies. Sa dépouille a été transférée dans la cathédrale d'Aix-la-Chapelle par le saint empereur romain germanique Otton III vers l'an 1000. Son grand-père Otton Ier a cherché à faire revivre la Francia de Charlemagne ou Saint Empire romain germanique, après un siècle de déclin moral et de chaos politique.

Couronne (Corona), dont le nom est probablement une traduction latine pour Stephania, a été martyrisée vers l'époque de l'empereur Dioclétien. Elle a soigné un soldat romain du nom de Victor basé en Syrie, et qui a été torturé à mort pour sa foi. Elle a été attachée entre deux palmiers pliés puis démembrée.

Elle est particulièrement vénérée en Autriche et en Bavière. A Feltre, en Italie, l'un des plus beaux monastères en Europe lui est dédié. Il a été construit pendant la première croisade. Perché de façon spectaculaire sur le mont Miesna, le monastère renferme des fresques de Giotto décrivant les vies de saints, la résurrection du Christ et son ascension aux Cieux.











Dans les sculptures à Feltre, Corona est représentée portant une feuille de palmier. Dans l'ancien monde, le palmier était associé avec le triomphe sur l'adversité. Avant sa Passion, le Christ rentre dans Jérusalem et on lui jette des feuilles de palmier. Sainte Corona et Saint Victor ont symbolisé tous deux la victoire de la Couronne.

Pendant des siècles, les meilleurs hommes que l'Europe n'ait jamais produit ont vénéré Sainte Corona et sont morts en essayant de construire le royaume de Dieu sur terre – le seul gouvernement mondial légitime.

Nous ferions bien de méditer sur le sort de cette Syrienne dans une période où l'empire mondial a ravagé la Syrie avec tant de souffrance et de martyre. Un empire rapace, qui assassine des femmes et des enfants innocents pour se moquer ensuite de leurs cadavres, en faisant porter la faute de leurs morts sur ceux qui sont morts en les protégeant, mérite d'être éradiqué de la face du monde.

Sainte Corona devrait nous aider à penser au genre d'homme exactement à l'opposé d'Emmanuel Macron ; des hommes qui ont pris les armes pour se battre pour le Christ et qui ont construit des églises et des monastères pour honorer des martyrs comme Corona – l'antithèse des Untermenschen sans dieu de notre régime mondial en émergence !










Otton III a ravivé l'Empire romain dans une période où les souverains pontifes étaient aussi corrompus et pathétiques que le Pape François et ses prédécesseurs conciliaires. Il a marché sur Rome et a déposé l'anti-pape Jean XVI. Plus tard, sous le « gouvernement mondial », le grand pape français Sylvestre II s'est assis sur le trône de Pierre. Sylvestre II était l'un des plus grands scientifiques de son temps ; il maîtrisait les classiques grecs des siècles avant la soi-disant « renaissance ».

la civilisation occidentale était sur le point de s'effondrer mais Otton III l'a ressuscité par l'épée et le psautier. Sainte Corona était encore vénérée lorsque Rome a été restaurée et les hommes recherchaient le trésor de la vie éternelle, dédaignant le règne de Mammon.

Le Jardin ou le Royaume

Lorsque les pharisiens ont envoyé des soldats arrêter le Christ dans le jardin de Gethsémani, ils protégeaient le gouvernement mondial. Personne ne voulait entendre ce qu'il voulait dire. Il a été appréhendé par un homme nommé Malchus dont le nom veut dire à la fois seigneur et esclave. Pierre a tranché son oreille mais le Christ l'a réparé. En tranchant l'oreille de Malchus, le premier pape affirmait le pouvoir temporel sur le domaine spirituel.

Mais le devoir des papes ne serait pas celui d'empêcher les hommes d'entendre le Verbe. Leur travail est de développer les doctrines de la vérité révélée. Désormais, le successeur de Pierre arpente tristement le jardin de Gethsémani dans un état semi-comateux. Il semble même croire que le jardin c'est le Christ et non Dieu. Le pape François, comme Pierre, est un raté complet : c'est en cela que réside la vérité de l'Église. Pierre, comme le pape François, voulait un gouvernement mondial sans le Christ parce qu'il a essayé d'empêcher la crucifixion du Christ.

En brandissant l'épée, il a proclamé le règne de l'homme, essayant involontairement d'empêcher le salut de l'homme. L' Église, qui est le corps mystique du Christ, subit désormais sa passion. Les chapelles sont fermées. Pierre a fui.

Le gouvernement mondial qui a émergé du déicide n'était en rien ce que Rome aurait pu imaginer. Cela a pris des siècles pour que les principes du Christianisme soient enchâssés dans les âmes humaines. Désormais, tous les arguments moraux que les athées jettent à la face des Chrétiens sont inéluctablement chrétiens à l'origine.

Pierre, Jacques et Jean sont endormis et les pharisiens ont envoyé des troupes pour capturer la vérité et la mettre à mort ; la vérité qui a libéré les hommes. Lorsque la vérité sera morte, la peur infectera l'esprit et la vie deviendra une quarantaine.

Le royaume est la terre où chaque esclave est un roi et chaque roi est un esclave – Francia, la terre des hommes libres.

Satan est le prince de ce monde – le virus, le poison dans les âmes des hommes. Nous aurons le gouvernement mondial en temps voulu. La question est : qui portera la corona, Satan ou le Christ-Roi ?

Gearóid Ó Colmáin



samedi 28 mars 2020

Vers un état social nouveau

Texte d'actualité écrit il y a un peu plus d'un siècle

Taper le mot "totalitarisme" sur un moteur de recherche renvoie inévitablement sur des images de Staline et Hitler, sauf celle-ci. Bien qu'ayant été des authentiques dictateurs et héritiers des lumières, Staline et Hitler sont désormais deux croquemitaines qu'on nous agite pour nous rappeler que notre époque ne serait pas totalitaire et ne serait pas en voie de l'être, est-ce si sûr ? 


    " J.J. Rousseau s'inscrivit en faux contre ces données de la raison et de la foi ; et voici ce qu'il imagina, ce qu'il consigna dans tous ses écrits, et ce que la maçonnerie s'est donné la mission de réaliser. La société, l'état social, ne résulte point de la constitution divine ; c'est, dans le monde, une excroissance accidentelle et l'on pourrait dire contre nature, qui est survenue un beau jour par le fait des volontés humaines.

    Les hommes vivaient à l'état de nature, dit J.J. Rousseau, comme le font les sauvages, les animaux, et c'était l'âge d'or ; état de liberté et d'égalité, où les fruits étaient à tous et la terre à personne, où chaque homme était citoyen de l'univers.

    Pour passer de l'état de nature à l'état social, les hommes primitifs firent un pacte, un contrat, "le contrat social". D'une part, chaque individu se remit, sa personne et tous ses droits, entre les mains de tous ; d'autre part, tous garantirent à chacun une part égale des biens communs. L'individu donna à la société tout ce qu'il a et tout ce qu'il est, et la société admit l'individu à la communion de toute la chose publique, de la république.

    "Les clauses du pacte social, dit J.J. Rousseau, se réduisent toutes à une seule : l'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté... S'il restait quelques droits aux particuliers, l'état de nature subsisterait et l'association deviendrait nécessairement vaine... L'aliénation se faisant sans réserve, l'union est aussi parfaite qu'elle peut l'être, et nul associé n'a plus rien à réclamer."

    Voilà l'idée que la maçonnerie se fait de la société, voilà le plan sur lequel elle veut la reconstituer. Si longtemps que cela ne sera point complètement réalisé, c'est à dire si longtemps que les individus prétendront conserver quelques droits, l'état social, tel que le contrat l'a fait, tel qu'il doit être, ne sera point jugé parfait ; l'état de nature, auquel le contrat a voulu mettre fin, subsistera en quelque chose. Le progrès, c'est donc la marche vers l'absorption complète de tous les droits par l'État ; plus de droit pour l'individu, plus de droits pour la famille, plus de droits à plus forte raison pour une société quelconque qui se formerait au sein de l'État, ou au dessus de lui.

    Dans la société démocratique rêvée par la Franc-Maçonnerie, il n'y aura plus ou il ne doit plus y avoir que ces deux unités : l'individu et l'État. D'un côté l'État omnipotent, de l'autre, l'individu impuissant, désarmé, privé de toutes les libertés, puisqu'il ne peut rien sans la permission de l'État.

    N'est-ce pas vers cela que nous marchons à grands pas ? Et cette conception de la société n'est-elle point l'explication, et, pour nos maçons, la justification de tout ce qui est actuellement fait ou tenté contre la liberté de l'Église, contre la liberté des associations, contre la liberté des familles, contre la liberté individuelle elle-même ? L'État ne peut, ne doit souffrir aucune association autre que ce qu'il est. Si des événements passés, si des individualités puissantes ont créé au sein de la société civile des associations distinctes, l'État doit travailler constamment à rétrécir le cercle dans lequel elles vivent et agissent jusqu'à ce qu'il soit parvenu à les absorber ou à les anéantir. Selon Rousseau, selon la maçonnerie, c'est là son droit, c'est là son devoir, droit et devoir qui découlent directement du contrat social, et sans l'exercice desquels ce contrat deviendrait illusoire et bientôt caduc.

    Que l'on cesse donc de s'étonner que dans cette société sortie de la Révolution, pétrie de l'idée révolutionnaire, l'État veuille tout centraliser et tout absorber, étouffer toute initiative et paralyser toute vie : il obéit, en cela à sa loi, au principe d'après lequel il doit être tout, tout lui ayant été livré par le contrat initial. Ce qui vit, ce qui se meut, ce qui est en dehors de lui, ne l'est et ne le fait que par une usurpation dont il doit être rendu compte pour restitution.

    Cette revendication doit s'exercer surtout à l'égard des associations, parce qu'elles sont plus puissantes que les individus, et surtout à l'égard des associations qui ont un idéal autre que celui de l'État naturaliste. Le pacte social a été contracté pour une plus complète jouissance des biens de ce monde. S'il est des sociétés formées dans le but de porter ailleurs le regard de l'homme, de l'exhorter à se détacher des biens présents pour ambitionnées et poursuivre d'autres biens, ces sociétés sont la contradiction vivante de la société sortie du contrat social, elles doivent disparaître avant toute autre. Le devoir est de les traquer, de les mutiler jusqu'à complet anéantissement. C'est là l'explication des calomnies répandues par les humanistes dans leurs écrits contre les religieux, et des persécutions sans cesse renouvelées contre eux depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, comme aussi de la guerre à mort déclarée aujourd'hui à la première des sociétés religieuses, à celle qui est le fondement et le principe de vie de toutes les autres, à l'Église catholique.

   On constate actuellement un mouvement de réaction contre l'état social institué en France par la Révolution. On institue partout des syndicats, on retourne aux corporations. Puisse ce mouvement aboutir à la restauration de la société dans son état normal ! Dans la société normalement organisée, il y a entre l'individu et l'État des sociétés intermédiaires qui encadrent les individus et qui par leur action naturelle maintiennent l'Etat dans le domaine qui lui appartient et l'empêchent d'en sortir. Ces sociétés se nomment : familles, corporations, communes, provinces, Églises. Que, dans ce régime, le plus faible des individus soit lésé par l'État ou par tout autre, aussitôt c'est son association, c'est toute une collectivité organisée qui se lève pour le défendre. Par elle, il est fort ; et parce qu'il est fort, il est libre.

    la démocratie, c'est l'esclavage.


Mgr Henri Delassus - "La conjuration antichrétienne" (1910)




samedi 14 mars 2020

Hippie Inc. Comment la contreculture est devenue de la culture d'entreprise


Cet article semble être le parachèvement des mes recherches sur le sujet du New Age, des nouvelles spiritualités et du business de la méditation, et de plus, il est paru dans 1843, le supplément bimensuel de la "bible" de l'élite économique mondiale, The Economist

Voir aussi ici sur les liens qu'a entretenu l'institut Esalen et l'Union Soviétique au temps de la Guerre Froide dans le cadre d'échanges d'informations sur la cybernétique et la parapsychologie 



Un demi-siècle après le "Summer of Love", la marijuana est un marché juteux et la méditation de pleine conscience, quelque chose de banal au travail. Nat Segnit se demande comment le mouvement s'est retrouvé au cœur du capitalisme.


Brian parle de son atelier de cinq jours auquel il assiste, à une jeune Américaine d'origine asiatique. "Cela s'appelle "bio-hacker le langage de l'intime", dit-il. "Oui, oui" répond la femme américano-asiatique. Elle s'adresse moins à Brian qu'à la forêt de varech qui flotte près de la côte. Brian poursuit : ce qu'il apprécie particulièrement, c'est la facilité de parler de choses qu'il ne peut évoquer au travail, du relationnel et ainsi de suite. "Tu sais, dit-il, ce qui fait vraiment cette connexion humaine."

L'Américaine d'origine asiatique lui adresse cette sorte de sourire brillant et inexpressif que les Californiens déploient lorsqu'ils sont sur le point d'être en désaccord avec vous. "Je découvre que je peux faire des connexions humaines dans bien des contextes différents."

Brian continue tranquillement. Presque à coup sûr, c'est un rituel de séduction américain typique et même touchant : un jeune homme propre sur lui, ni plus ni moins méfiant ni respectueux que son grand-père avait du l'être ; la jeune femme exerçant négligemment son pouvoir sur lui, mais pas impressionnée. La différence cruciale est que les deux personnes sont nues non seulement nue dans le  cas de la femme, mais restant dans l'eau, s'exposant dans une complète immodestie devant Brian et la brise fraîche du Pacifique.

Nous sommes dans les sources de souffre extérieures qui s'accrochent aux falaises de l'institut Esalen, un centre de retraite spirituel à Big Sur en Californie. Ici, le partage nu est courant est aussi chargé en érotisme que dans un camping naturiste - ce qui peut être aussi bien, alors que je suis nu aussi, le groseillier dans jacuzzi, essayant désespérément d'avoir l'air décontracté tout en essayant de ne pas regarder les cuisses de Brian.

On pense que les sources chaudes de cette côte rocheuse mais belle qui s'étire en Californie centrale ont une utilisation rituelle ou thérapeutique depuis au moins 6000 ans, lorsque les Esselen, la tribu amérindienne qui a inspiré le nom de l'institut, ont migré plus au sud depuis la région de la Baie de San Francisco. Ils ont vu la confluence des eaux comme un endroit idéal pour le culte et l'enterrement de leurs défunts. En 1962, un propriétaire local, "Bunnie" MacDonald Murphy, a donné son accord pour louer sa propriété, qui avait été jusque là une station vieillotte, fréquentée par des gays de San Francisco, à son petit fils Michael Murphy. Avec son camarade diplômé en psychologie à l'université de Stanford, Dick Price, Murphy a crée l'Institut Esalen comme centre du nouveau "mouvement pour le potentiel humain." Leur intention était d'organiser une série de séminaire contre-culturels et des "sessions expérimentales."

La douceur a fait long-feu. En 1963, Fritz Perls, un psycho-analyste d'origine allemande, notoirement connu pour sa thérapie de groupe débridée et souvent traumatisante, est arrivé à Esalen puis a commencé à démanteler les personnalités de ses sujets, trait par trait. L'institut a développé une réputation de drogue, de baignades nues et de sexe libre. Des hordes de hippies ont fait le voyage depuis San Francisco pour camper et prendre de grandes quantités de drogues psychédéliques. George Harrison est venu là en hélicoptère pour une session de sitar avec Ravi Shankar. Sharon Tate était là la veille de son assassinat. Esalen était un terrain d'expérimentation hippie, un point de focalisation pour les préoccupations de la contre-culture avec la psychédélique, le mysticisme oriental et la réalisation de soi. C'était l'église-mère de la religion de la non religion.

Un endroit improbable donc, pour y rencontrer Brian. C'est un conseiller financier de Yuba City en Californie du nord avec des cheveux bien peignés et un certain goût pour les chemises à col ouvert du style J.Crew. Il ressemblait à quelqu'un qu'on pourrait rencontrer dans un bar sportif ou dans une salle d'aéroport réservée aux classes affaires, il pense une grande partie de son temps libre dans un club de golf mais donc, Esalen n'est plus ce qu'il était. Ces dernières années, l'institut a été accusé de se vendre au plus offrant, de trahir les principes de la contre-culture qu'il avait contribué à se constituer. L'accusation a repris de la force quand en 2017, l'institut a nommé un ancien chef de produit de Google comme directeur exécutif.

Ben Tauber avait travaillé sur les Hangouts, le Chat et le réseau social au destin malheureux, Google+. Après sa nomination, il y a eu un changement subtil dans le programme d'Esalen du spirituel au digital : l'atelier incluait désormais "intelligence artificielle (AI) consciente" et "Blockchain et crytomonnaie." Cela amena les suspicions qu'Esalen était devenue l'aile thérapeutique de la Silicon Valley, une retraite d'entreprise aussi contre-culturelle que les nouvellement installées stations de rechargement électrique Tesla sur le parking. Réserver une suite privée avec un bureau en séquoia, une baignoire sur pied et un cheminée, et un week-end à Esalen peut vous coûter pas moins de 3000$. Venir pour une semaine et vous pouvez envisager un montant proche de 7000$.

Si l'Amérique de l'entreprise a infiltré la contre-culture, on pourrait dire la même chose de l'inverse. Google, Apple, Facebook, Nike, Procter & Gamble et General Motors offrent tous des programmes de méditation de pleine conscience, une dénomination large pour un certain nombre de pratiques d'influence orientale faite pour que vous vous focalisiez sur le présent. les employés des quartiers généraux de Cisco Systems a San Jose participent au LifeConnections Health Centre, où l'on se concentre sur les "quatre piliers" du bien-être - corps, esprit, spiritualité et coeur. Son directeur de santé intégré pour les bénéfices globaux, Katelyn Johnson, est responsable du développement de l'idéal de Cisco de "l'athlète d'entreprise" - musclé d'esprit et de corps. A Aetna, une compagnie d'assurance santé américaine géante, plus d'un quart des 50.000 personnes qui composent sa main d'oeuvre, ont désormais participé à au moins l'un des stages internes de méditation de pleine conscience. Selon la firme, la productivité hebdomadaire du participant moyen avait cru de 62 minutes, et la valeur résultante pour la société est, dans la région, de 3000$ par employé chaque année. En plus de ces bureaux ouverts, des tables de ping-pong et des codes vestimentaires décontractés, la méditation de pleine conscience au travail est une idée qui s'est emparée de la Silicon Valley et par conséquent du monde. Ce qui avait été autrefois réservé du centre de retraite, est désormais une pratique d'affaire qui a un sens : un mysticisme avec un retour sur investissement mesurable.

Je suis venu à Esalen pour refléter un paradoxe apparent : l'absorption graduelle de la contre-culture par le capital. Quelques heures après notre baignade dans la source sulfureuse, je tombais de nouveau sur Brian, appuyé à une balustrade à l'extérieur du bâtiment principal. Tout en regardant derrière les arbres éclairés vers la désormais invisible obscurité de la mer et du ciel, il semblait préoccupé. "A mon club de golf, je suis le seul mec à demander si la soupe est sans gluten", dit-il, "je pense être un franc-tireur à certains égards mais ici je me sens chez moi, tu sais ?"

Si l'on veut comprendre comment un mouvement destiné à saper l'Amérique de l'entreprise, a fini au coeur de celle-ci, une bonne façon de commencer est l'histoire de Steward Brand. Ancien photographe et parachutiste à l'armée, Brand visitait fréquemment Esalen pendant les premières années de son fonctionnement. Dans "Acid Test", le récit de Tom Wolfe sur le voyage en bus alimenté à l'acide à travers l'Amérique des Merry Pranksters, il surgit torse-nu et arborant "un collier de perle indien sur sa peau nue et une blouse de boucher blanche avec des médailles du roi de Suède."

Brad était une figure clé du mouvement du retour à la terre, un précurseur de l'environnementalisme moderne dans son rejet d'une Amérique de l'échelon d'entreprise, conventionnelle et militariste en faveur d'un communalisme plus simple, agraire et non-hiérarchique pratiqué dans des endroits comme Esalen. En 1968, il a publié la première édition de "The Whole Earth Catalog" (le catalogue de la terre entière), une sorte de mélange hippie du magazine Which ?, d'un catalogue de vente par correspondance et "le livre dangereux pour les garçons". La première édition contient des articles de construction de maisons japonais et de structures ductiles, des guides pour faire pousser des champignons et pour élever des abeilles, et des revues sur tout des coussins de méditation au mocassins en daim et l'ordinateur Hewlet-Packard 9100A ("une superbe machine à enquête"). Chaque catalogue de 63 pages était un patchwork de textes, de diagrammes, de tables et d'images photographiques dédiées à la proposition que, utilisée correctement, la technologie peut avoir un effet libérateur sur l'humanité. Dans un discours de cérémonie de remise de diplômes à Stanford en 2005, Steve Jobs l'a décrit comme "l'une des bibles de ma génération.... une sorte de Google en format livre, 35 ans avant que Google apparaisse."

Les bureaux de Whole Earth se situaient à Menlo Park qui est aussi le foyer du Homebrew Computer Club, une groupe dépenaillé d'enthousiastes d'électronique dont les fondateurs ont crédité le "Whole Earth Catalog" pour avoir inspiré leur éthique d'auto-suffisance et d'échanges gratuits d'idées et d'informations. Ce fut à la rencontre de Homebrew en 1976 que Steve Wozniak, maladivement timide, se sentit assez hardi pour dévoiler son prototype d'ordinateur Apple I. Le club était un forum ouvert, une petite utopie technologique qui partageait avec ses pairs de la culture hippie une foi égalitaire dans l'effort communal et l'accessibilité. Libre de toute supervision bureaucratique, les cheveux longs libertariens de Menlo Park pouvaient poursuivre leurs rêves utopistes de changer le monde.

L'affinité entre la contre-culture et la culture d'entreprise contemporaine est moins paradoxale qu'elle en a l'air. La foi que Stewart Brand et ses associés ont placé dans l'idéal communautaire a mené directement à l'aspect informel et à l'organisation horizontale qui caractérise désormais Silicon Valley - et les sociétés globales sous son influence - qui fait des affaires aujourd'hui. Dans tous les cas, la contre-culture a toujours été un phénomène de la classe moyenne. Abraham Maslow a enseigné à Esalen et était sans doute l'influence intellectuelle la plus importante de ses fondateurs. Il suggérait dans son fameux "Hierarchy of Needs" (hiérarchie des besoins) que l'auto-actualisation est seulement possible lorsque les besoins basiques de "nourriture, d'eau, de chaleur et de repos" ont été trouvés. En conséquence, la plus grande partie étaient des bénéficiaires du boom économique de l'Après-Guerre jeunes, blancs et et éduqués en université qui avaient du temps libre pour se consacrer à la psychédélique et au façonnage de l'âme. "Esalen" a écrit Wolfe dans "Acid Test", était un endroit où les adultes de la classe moyenne éduquée venait en été essayer de sortir de "The Rut" et de se bouger un peu les fesses."

Je suis allongé sous une couverture sur quelques coussins veloutés en peluche alors qu'une guérisseuse nommée Deva s'affaire à pas feutrés en faisant tinter sa collection de diapasons, de bols de cristal chantants et de "tingshas", les petites cymbales que les enseignants en méditation utilise pour mettre un terme à leurs sessions. La pièce située à l'étage du principal bâtiment d'Esalen, s'appelle Huxley, d'après Aldous qui a enseigné à l'institut; et ressemble à une grange luxueuse. Ici les portes de la perception sont artisanales et faites à la main. Accompagné de 40 autres pensionnaires allongés à plat ventre sur le sol autour de moi, je suis dans "un Voyage du Son Sacré", transporté sur un tapis auditoire vers un état de pure harmonisation et de conscience. La théorie, d'après ce que j'ai compris, est que le stress et l'anxiété fait vibrer nos cellules à des fréquences sous-optimales : le son du bol et d'autres instruments les restaure vers l'harmonie vibratoire.

En pratique, c'est un peu comme essayer de dormir sur une machine à laver. Lorsque Deva commence vraiment, vous pouvez sentir vos joues s'estomper. le but est d'utiliser le son comme un objet de méditation, un repère d'attention assez sûr pour abandonner la liste de choses à faire, les bribes de désirs et le dépôt mental général succomber. Mais je trouve que les coussins et l'encens trop relaxants., et je m'assoupis jusqu'à qu'il y ait un tintement des tingshas et nous nous asseyons tous pour partager notre conscience en position du lotus. "Dans le monde dans lequel je vis, dit l'homme souriant face à moi, tout est délicieux."

La méditation est une partie du programme d'Esalen depuis le debut. Lorsque Dick Price, l'un des co-fondateurs, était encore dans l'US Air-Force dans les années 1950, il a été initié au Vipassana - une sorte de méditation bouddhiste qui met l'accent sur la conscience claire du présent. Une forme de pratique spirituelle qui a ôté Dieu de l'équation promettant une liberté pour les jeunes Américains qui rongeaient leur frein face aux limites du christianisme. 

Pendant ce temps sur la côte est, d'autres enseignants avaient ramenés des connaissances de pratiques bouddhistes qu'ils avaient récupéré en voyageant en Birmanie, en Inde et en Thaïlande. Ils les ont appliqué à ce qui allait devenir connu sous le nom de "mouvement vipassana", qui fleurissait hors de leur pratique bouddhiste traditionnelle pour les goûts américains. le but était d'atténuer les parties les plus explicitement pieuses, comme la mélopée des suttas, pour favoriser l'élément méditatif.

Jon Kabat-Zinn est allé un peu plus loin. En 1965, lorsqu'il étudiait pour obtenir son doctorat en biologie moléculaire au MIT, Kabat-Zinn a assisté à un exposé sur la méditation par un enseignant d'origine américaine sur le bouddhisme zen, il est devenu de plus en plus intrigué par ses enseignements jusqu'au delà de la décennie suivante. Si la méditation encourageait une plus grande conscience de son corps et de son esprit, quel effet pourrait-il y avoir sur des conditions apparemment intraitables comme la douleur chronique et la dépression ? Le défi de Kabat-Zinn était de faire le pont entre les deux cultures. Dans les cercles universitaires dans lesquels il évoluait, les réponses religieuses aux problèmes médicaux vous auraient fait sortir en hurlant de rire de l'amphithéâtre de conférence. Sa solution était simple : ôter la partie religieuse. Dès 1979, il avait développé une technique qu'il a appelé réduction de stress basé sur la méditation de pleine conscience, ou MBSR, qui combinaient des éléments de hatha yoga avec de la méditation de pleine conscience bouddhiste, mais les avait dépouillé de ses pièges religieux.

Cela a été un pas décisif vers la normalisation de ses idées ésotériques. Dépouillé de son bagage religieux, la méditation de pleine conscience est devenu un sujet adapté à l'étude scientifique. Des centaines d'essais aléatoires contrôlés ont depuis lors montré l'efficacité du MBSR et des techniques reliées en réduisant les niveaux de cortisol, une hormone associée avec le stress, il améliore aussi la mémoire et le traitement spatio-visuel, il amoindri l'errance du schéma de pensée qui peut caractériser la dépression et la mauvaise focalisation. Le Nirvana pouvait attendre : la méditation de pleine conscience a désormais une respectabilité universitaire, la panacée du matérialiste. Les approches du MBSR et des thérapies associées sont désormais prises en charge par les système de santé à travers le monde entier. En 2004, l'Institut national britannique pour l'excellence clinique, l'organisme qui fournit des conseils sur les nouveaux médicaments et traitements offerts par le National Health Service (Sécurité Sociale britannique), a approuvé la thérapie cognitive basée sur la méditation de pleine conscience pour les gens risquant une rechute dans la dépression.

Le big business ne tarda pas à considérer la valeur de la méditation de pleine conscience dans son argument de base. En 2007, Chade-Meng Tan, un ingénieur en logiciel et employé de Google, a co-fondé "Search Inside Yourself" (recherche à l'intérieur de toi), un programme d'entraînement à la méditation de pleine conscience conçu pour aider ses collègues employés chez Google pour améliorer leur concentration et de gérer le stress au travail. Pendant plus de deux jours et demi, ou pendant sept semaines moins intensives, les employés ont été entraînés en concentration attentionnelle, en conscience de soi et en empathie, en utilisant des techniques tirées de la méditation de pleine conscience et en psychologie organisationnelle. Le résultat a été un cours intensif en intelligence émotionnelle pour une force de travail dominée par des ingénieurs enclins à l'embarras social et au burnout. Le programme a depuis été cédé à une organisation indépendante à but non lucratif, le Search Inside Yourself Leadership Institute, qui fait la promotion de la méditation de pleine conscience dans les sociétés et les autres organisations à but non-lucratif à travers le monde. Carolina Lasso est directrice de marketing dans les bureaux de SIYLI à San Francisco. Pour elle, la méditation de pleine conscience est moins un moyen de prendre du recul d'un environnement de travail pressurisé qu'un outil pour occuper cet environnement de façon plus efficace. "La méditation de pleine conscience sert de base pour développer d'autres compétences" me dit-elle. "L'intelligence émotionnelle, le leadership compassionnel."

L'attirance vers d'autres sociétés était claire. La méditation de pleine conscience offrait une façon peu coûteuse de réduire le stress et l'anxiété au travail, tout en améliorant la fidélité et la productivité du personnel. Les critiques diraient que l'avantage de la méditation de pleine conscience repose sur l'intériorité qu'il encourage : il garde vos employés tranquilles et plus enclins à accepter des demandes déraisonnables concernant leur temps et leur énergie. D'une manière ou d'une autre la pratique se répand, d'abord par le secteur de la technologie et ensuite au delà. Une étude de 2017 par le National Business Group on Health (groupe de société national sur la santé), une organisation à but non lucratif basé à Washington DC, a révélé qu'un tiers des entreprises américaines offrent des classes ou des stages de méditation de pleine conscience, et qu'un quart supplémentaire envisageait d'en introduire.

"Silicon Valley est un environnement riche mais intense" explique Katelyn Johnson de la société Cisco. "C'est un rythme extrêmement intense. Par conséquent, nous avons besoin de méditation de pleine conscience pour nous aider à survivre, en toute franchise, parce que si vous n'apportez pas votre moi total et le meilleur de vous-même au travail, c'est assez dur d'innover et de créer et de bouger constamment au rythme attendu." Le gros défi à Cisco, dit-elle, est "d'être présent." L'affairement, les mises à jour et emails et les iMessages sont tels - les instruments de surcharge attentionnel pour lesquels la Silicon Valley peut uniquement s'en prendre à lui-même - qu'il "est assez dur de nos jours et à notre époque d'être pleinement engagé." La méditation de pleine conscience remet de l'ordre et force un engagement ici et maintenant.

A Esalen, à l'extérieur de la loge dans le jardin de Bouddha, j'ai rencontré Krista Martin, qui travaille à l'informatique du service santé. "Faire l'expérience de ce bel endroit, c'est sensoriel", dit-elle. "Ce sont les vents frais de l'océan, c'est le bruit des vagues qui s'écrasent sur les roches, c'est la chaleur des bains. C'est un endroit sensoriel qui vous ouvre l'esprit. Et je me rend compte que je n'ai pas fait grand chose pour cela." C'est un après-midi parfait, ensoleillé avec une brise caressante; et Krista et moi nous occupons un banc entouré par des rangées soignées de salades et d'herbes aromatiques. Au delà du jardin potager, et une étendue d'herbe bien entretenue - mais pas trop - qui enveloppe la propriété, la terre s'arrête brusquement à une cloture à trente mètres au dessus d'un rivage qu'on ne peut pas voir. L'effet est fascinant mais assez nauséeux : un gazon infini. Au bureau, admet-elle, Krista a une tendance à l'addiction au travail (workaholism), restant au bureau jusqu'à minuit, négligeant sa vie personnelle, réalisant ses tâches en pilote automatique. "Je suis ce genre de personne qui va travailler et qui soudainement s'aperçoit qu'il est une heure, et qui n'a pas mangé, et qui oublie d'aller aux toilettes. Elle doit travailler." Elle a maintenant une petite cinquantaine d'années, Krista s'est promise une nouvelle "intentionnalité : ne pas laisser sa vie s'écouler sans se faire remarquer.

Pour des hôtes comme Krista, l'idée que Esalen s'est écarté de ses principes fondateurs est bien loin de son esprit. Terry Gilbety, le successeur de Ben Tauber comme PDG, est d'accord. "On peut venir à Esalen pour 400$ le week-end," me dit-il. "L'espace pour un sac de couchage est garanti, mais vous avez la nourriture, vous avez l'atelier, vous avez l'opportunité de faire une retraite." Le logement haut de gamme subventionne les séminaires qui se serrent la ceinture et qui couchent sur le sol des salles de réunion. La mission, comme le dit Gilbey, est celle qu'elle a toujours été : donner aux hôtes la chance "de ralentir, de déconnecter.... et se connecter aux autres sur un niveau différente", de "s'asseoir dans la quiétude et la méditation."

"Je pense que dans les 25 ans à venir, l'acte 3, sera une époque merveilleuse", dit Krista. "Mais seulement si on fait attention." Selon elle, les qualités "expérimentales et sensorielles" d'Esalen permettent précisément cela : une vigilance face au présent. "Il ne s'agit pas d'apprendre quelque chose de nouveau. Ce n'est pas de déployer son esprit. C'est juste être."

Avant la fin des années 1960, la consommation de drogue à Esalen était si omniprésente que ses fondateurs commençaient à craindre qu'ils ne contrôlaient plus rien. Les psychédéliques et la pratique spirituelle ont une longue histoire commune ; la toute première brochure de Esalen, publiée en septembre 1962, listait un atelier de mysticisme relié à la drogue. Dick Price était un camé zélé et prônait son utilisation comme un chemin vers l'expérience mystique. Le problème survint avec la massive migration de hippies qui avait marqué ce qu'on appelé le Summer of Love en 1967. La marijuana, la mescaline et le LSD étaient consommés en vastes quantités et sans issue thérapeutique. "Nos canyons étaient plein - je veux dire, ils explosaient," se souvient Michael Murphy. "C'est un miracle qu'Esalen ait survécu à cette période."

De nos jours, les canyons sont plus tranquilles. L'altération de l'esprit a une nouvelle respectabilité ; au début de l'année 2019, Esalen a organisé une atelier sur les psychédéliques en tant que conscience - des agents en expansion de changement personnel et social. Plusieurs séminaristes que j'ai rencontré dans les bains chauds sont des gens qui consomment des petites quantités de LSD, de psilocybine et de cannabis. Cependant, la politique envers la drogue de l'institut est sans ambiguïté. Les drogues illicites sont strictement interdites. On a autant de chance de trouver quelqu'un qui se fait un trip au club de golf de Brian que là.

C'est une partie d'un courant plus large. La Californie a légalisé l'usage récréatif du cannabis en novembre 2016. L'entrée de l'herbe dans le marché traditionnel a causé un changement dans la culture de la drogue, au moins puisqu'il concerne les hallucinogènes non addictifs comme le LSD et le cannabis : de la rébellion à la responsabilité, de la marginalité au passage à son dispensaire de cannabis du coin en service complet.

A Castro, qui fut le centre du radicalisme gay à San Francisco, je m'arrête à côté du magasin vedette de l'Apothecarium, une chaine forte de quatre magasins de boutiques chics de cannabis. L'esthétique pourrait décrite comme un Apple Store à l'ancienne : un espace ouvert dans des gris et des bleus discrets, des présentoirs en damassé noir et blanc, des pipes à eau design en verre et une "bibliothèque du cannabis." Ces nouveaux points de vente récréatifs bien comme il faut sont en bataille pour être plus à la mode que l'autre.

Je me suis présenté avec un menu du style de celui d'un restaurant offrant un choix stupéfiant de mécanisme de distribution ("fleur", "pré-roulé", "vapoteur", "comestible", "d'actualité"), quantité et effort ("lorsqu'il est l'heure de peindre, improviser, coder, bloguer ou jouer, trouvez votre muse dans "Canndescente Create.TM). Avec les conseils de Peter, mon "consultant en cannabis", un jeune homme compact à peine visible sous ses quantités de cheveux et de pilosité faciale à la Cousin Itt, j'ai choisi un stylo à vapoter à contrôle de dose. Il contient un concentré dont le ratio de THC (le composant qui vous élève) au CBD (le composant qui ne le fait pas mais qui peut soulager la douleur et l'anxiété); devrait faire un juste milieu, explique Peter, entre une expérience réjouissante avec un psychotrope et un risque faible de paranoïa. Je paye mes 49$ et je met mon paquet discrètement en poche pour plus tard.

A 15 blocs à l'est de l'apothicaire dans le quartier de Mission, je visite les bureaux hipsters en béton brut de Pax Labs, ou "l'espace cannabis", comme le PDG Bharat Vasan l'appelle, converge avec la technologie mobile. (Vasan a quitté la société depuis). Le produit phare de Pax est le Era, un tube vapoteur élégant et super-léger fait pour être utilisé avec des capsules détachables de concentré de cannabis : l'équivalent du Nespresso en plus stone. L'application jointe signifie que le dosage et la température du vapotage peuvent être contrôlés avec votre smartphone.

" La température importe beaucoup dans notre espace", explique Vasan, qui a vendu sa précédente startup, une société de fitness-wearable appelé Basis, à Intel pour 100 millions de dollars. "Les concentrés se volatilisent à différentes températures. C'est comme avec le vin : le verre est vraiment important. Les différentes températures sont équivalentes aux verres de vin." Son objectif est une "expérience super-rodée" dans la veine d'Apple ou Tesla, pour revendiquer une part de marché que Vasan estime être autour de 90 millions de dollars "dans les cinq prochaines années." En dernier lieu, dit-il, la mission du laboratoire Pax est "d'implanter le cannabis comme une force pour de bon." Après quarante-cinq minutes de cela et je commence à languir pour un joint mal roulé sur un banc public.

Après être descendu aux lignes de chemin de fer de San Mateo, j'ouvre la boîte que j'ai acheté à l'Apothicaire. A l'intérieur, il y a une tube blanc et brillant : un joint relooké par Jony Ive, avec un tampon d'un membre de section d'assaut impérial. "pour une dose unique", lisez les instructions, "inhalez jusqu'à que ce le stylo vibre."

Je prend une bouffée. La pointe bleuit. Le passage piéton commence à retentir avec fracas et un bi-level passe de San Francisco en direction de la vallée, sa sirène mélancolique fait écho à une Amérique plus ancienne. Je suis extrêmement pété. Le stylo n'a pas encore vibré. Je remet le stylo dans sa boîte et je marche vers mon Airbnb, convaincu qu'il y a des milliers de minuscules araignées s'écoulant des palmiers.


  



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