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vendredi 13 avril 2018

The Long Voyage




Beara Peninsula, comté de Cork, Irlande

   
    En 1977, alors que parait dans Libération une pétition demandant à ce que la sexualité avec des enfants ne soit plus criminalisée et qui est signée par des personnalités parfois célèbres, alors que la culture de mort a frappé chez moi deux ans auparavant, j’apprend au collège qu’au Haut Moyen-Âge, après l’effondrement de l’Empire Romain, les hérésies fleurissent et que la toute jeune église chrétienne souffre de l’instabilité politique et des invasions. Mais venus d’une île épargnée par les invasions et les hérésies, des moines parcourent l’Europe occidentale pour ré-évangéliser les gens et fondent de nouveaux monastères, en France, en Suisse, en Italie… Ils diffusent le Nouveau Testament et les traités philosophiques de la Grèce Antique à travers les ténèbres. Dans ma tête apparait un paysage vert profond et des murs gris. C’est l’île des Saints et des Savants. A la même époque, je regarde à la télévision Un taxi mauve

   L’ambiance y est étrange, comme suspendue, feutrée et capitonnée. Le paysage semble diffus et spongieux. Pourtant les drames y sont poignants. Un amour singulier est né. Il sera concrétisé près de dix ans plus tard sans que j’ai eu à faire d’efforts, je n’avais qu’à me laisser porter pour un premier voyage. Pour le deuxième voyage, c’est exactement la même chose qui se produit. 
   Mais à la manière du renard et ses raisins qu’il juge trop verts pour ne nourrir aucun regret de ne pas pouvoir les manger, je juge l’île pauvre, au chômage galopant puis plus tard, trop clinquante et américanisée. Et le temps passe.

Puis survint le troisième voyage, je n’ai pas eu à me déplacer ou si peu, et est le fruit d’un hasard et les tourments qui s’en sont suivis, violents.

A peine ai-je appris à les maîtriser, que le hasard survint une nouvelle fois. Un hasard qui n’a pu se produire que grâce à l’hyper modernité. 

Et commence un quatrième voyage et là aussi, je n’avais rien demandé, peut-être un voyage qui m’emmènera encore plus loin dans le temps, dans l'espace et au plus profond de mon âme sans que j’ai à bouger, grâce à un jeune-homme qui parcourt le monde… 

Et là, peut-être, avant ma fin, mes souffrances seront apaisées…. 








samedi 18 novembre 2017

Le chemin de Damas et ses conditions modernes

Le Chemin de Damas
et ses conditions modernes 


La conversion de Paul par Le Caravage


« La vérité est que les Français d’hérédité catholique, que les désaffectés du catholicisme qui se croient le plus loin de la croyance de leurs ancêtres, ne sont séparés de celui-ci que par un mince rideau, qu’ils prennent pour un mur blindé…
Ce mince rideau, qui sépare de la foi les hommes de tempérament catholique, n’a jamais été plus flottant qu’à notre époque, où d’une part, la surabondance des notions, la suractivité intellectuelle provoquent et nécessitent des crises du sensible, – où d’autre part la cause de la Religion et celle de la Race apparaissent comme inséparables.
C’est pourquoi le chemin de Damas n’a jamais été plus fréquenté, plus carrossable. Je prévois que beaucoup de nos contemporains s’y engageront en automobile. Le goût effréné de la vitesse s’appliquera même à la conversion. »

Léon Daudet, Le chemin de Damas, 12 avril 1903

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   « La plupart des gens désirant se convertir au catholicisme, font cette démarche par rejet de la société moderne, ils ne vont naturellement pas être séduits par l'Eglise conciliaire qui est, en exagérant un peu, une excroissance du cosmopolitisme mondial (…) Faut bien comprendre que pour beaucoup d'entre nous souhaitant recevoir le baptême, venons de milieux anticléricaux, anti catholiques, de gauche... Et avons été " dressés" à détester les catholiques et à moquer leur austérité apparente. Les personnes sur le chemin de la Vérité, iront directement chez des traditionalistes, c'est à ce moment qu'arrive la confrontation entre la provenance sociale du pré-néophyte et le "milieu tradi (…) En résumé, les communautés de catholiques traditionalistes, devraient, selon moi, être aux petits soins des nouveaux venus, ils sont très loin de s'imaginer le chemin extraordinaire qu'empruntent ceux qui désirent devenir catholiques. Ils ne se rendent pas compte, et c'est normal, que des types comme moi, nés et élevés dans une banlieue française sordide, dans une famille de gauche anticatholique, ayant écouté du rap, éduqués dans les écoles laboratoires de la république, ayant voulu émigrer vers les Etats-Unis par haine de la France...etc, ne sont pas prédestinés à retourner vers le Christ. Nous venons du bas et devons monter la pente. »

Témoignage trouvé sur Facebook le 31/10/2017

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« Arrivé aux sanctuaires par un matin glacial de février 1984, je dus la laisser aux piscines et lui donner rendez-vous devant la Vierge de la Grotte. Pendant ce temps je cherchai un endroit abrité du froid et je trouvai la Crypte où débutait une Messe de semaine avec une dizaine de fidèles. C'était ma première Messe, et je m'assis au fond de la chapelle, attentif tout de même. A un moment, le prêtre se leva et lut : "Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira". Ce fut un choc pour moi, car c'était une phrase du rituel de l'initiation au grade d'Apprenti, souvent répété en Loge. Et j'appris ainsi que c'était Jésus qui avait prononcé le premier ces paroles ! Ensuite, dans le silence qui suivit, moi qui m'étais moqué des locutions de Jeanne d'Arc, j'entendis une voix douce me dire:"C'est bien, tu demandes la guérison de Claude, mais qu'as-tu à offrir?" Là, je fus bouleversé et je ne vis que moi à offrir. Si bien qu'après la fin de la Messe je rejoignis rapidement le prêtre dans la sacristie et après lui avoir avoué mon appartenance maçonnique, je lui demandai de me baptiser. Mais, il me renvoya vers mon diocèse. Je rejoignis Claude à la Grotte : elle était transie et se demandait où j'étais passé. Elle n'était pas guérie, mais, cependant, je la harcelais de question sur la religion.Trois mois plus tard, je fus baptisé et Claude, guérie, m'accompagnait au baptistère. Ma conversion et sa guérison étaient bien liées. »
Maurice Caillet, ancien franc-maçon

   J’en ignore le nombre mais j’ai eu l’occasion d’en rencontrer virtuellement cet automne d’où l’idée de ce texte : les nouveaux convertis - à l’image de Saint Paul passé du pharisianisme au christianisme qu’il combattait jusque là - lorsqu’ils passent de l’autre côté du miroir, comme ce sont des personnalités entières et passionnées, ils vont au bout des choses. Ils se tournent généralement vers l’église catholique (je parle du Catholicisme, c’est ce que je connais le mieux et elle est particulièrement honnie tout de même) mais pas l’église catho gentillette qui fait des happenings dansants en entonnant des chants gospel en tapant des mains dans les églises pour bien montrer qu’ils sont ouverts à tout. Non, les « nouveaux Paul » eux, se tournent vers le Catholicisme traditionnel, celui à chapelets, à curé en cols romains, à rogations et attaché à la messe en latin. 

Et pourquoi donc, sinon peut-être par esprit de provocation ?

C’est là que les « conditions modernes » interviennent : internet.

Cette invention, probablement destinée à abrutir les masses à coup de sites de scandales, de consommation en ligne, de ragots et de pornographie a accompli en partie sa mission. Sauf que, panique générale chez nos prescripteurs d’opinion : internet sert aussi à diffuser des informations et des informations que nos « grands médias » ne diffusent pas et nos Paul de Tarse modernes ont décortiqué, recoupé, mis en perspective toutes les informations, un procédé décuplé lorsque on peut lire dans plusieurs langues, en particulier l’anglais, la langue de « l’Empire ». D’ailleurs, à la Pentecôte,  lorsque Dieu envoie l’Esprit Saint aux apôtres, ceux-ci se retrouvent également polyglottes…

   Certains, d’une grande curiosité, lisent aussi des livres sur la question car selon eux, une certitude s’impose : il y a depuis longtemps un complot contre la chrétienté et que l’on a éloigné les gens de ses valeurs pour leur faire accepter le grand désordre moral, sexuel et économique que nous connaissons actuellement. La déliquescence morale et le relativisme des prélats tombaient aussi à pic! 
  
 Car en plus, les nouveaux convertis ne se contentent pas d’égrener le chapelet ou de déplorer l’avortement, ils se renseignent sur le fonctionnement de l’économie et réalisent que tout est fait pour que l’on s’endette de plus en plus et qu’une poignée de gens possède une très grosse proportion du magot. Et ça, si des bons économistes non croyants comme Bernard Maris l’ont compris, des catholiques l’ont compris aussi.. C’est le cas de Pierre Jovanovic par exemple, un journaliste spécialisé dans la finance. Ca a été aussi le cas d’un révérend catholique irlandais, Denis Fahey (1883/1954) que j’ai découvert il y a peu et qui a imaginé un modèle social basé sur le catholicisme différent du libéralisme comme du communisme. On pourrait citer aussi Alexandre Douguine, orthodoxe, qui a théorisé une « quatrième économie politique » qui fait la synthèse entre conservatisme et socialisme.

Et la souplesse d’esprit de ces nouveaux convertis fait qu’ils passent aussi par des penseurs de gauche comme Jean-Claude Michéa par exemple pour essayer de trouver la vérité, et qui aboutit, avec un prisme a-religieux, au même constat. 

C’est ainsi qu’un jour, ils tombent de leur cheval : si les super riches n’aiment pas le catholicisme, c’est qu’il doit y avoir quelque intérêt à voir de plus près ce que cette religion apporte comme message au delà de l’Inquisition, les Croisades et le train de vie scandaleux de certains ecclésiastiques.

Certains font un virage à 180° et passent du communisme - parfois la tendance la plus fidèle à la grande époque des régimes que « les pays du Bien », les Etats-Unis en tête, ont utilisé comme épouvantails aux peuples pour qu’ils se tiennent tranquilles pendant des décennies - au catholicisme, ou imaginent une combinaison entre les deux… 

Au fond, on change simplement de religion et le marxisme-léninisme étant très iconique, cette idéologie fait l’objet pour certains d’une vraie dévotion avec ses figures tel que Lénine, Marx, Engels… comme autant d’icônes…

« l’athéisme est une idéologie impossible. Rien ne vient de rien. Cela clos le débat. Je ne vois l’athéisme ni comme progressiste ni comme nécessaire pour la construction du socialisme. » 

Pourtant l’athéisme est l’un des piliers du marxisme-léninisme mais certains ont du comprendre avec justesse que le christianisme c’est également la défense du pauvre, du faible, des valeurs de partage avec en plus, une dimension transcendantale. Et les nouveaux convertis le comprennent bien mieux que bien des « catholiques » bien installés avec leurs certitudes dans leurs manoirs, leur patrimoine familial conséquents qui ont fait énormément de mal à la foi chrétienne en Occident.

Mais, si nous sommes bien éloignés d’une époque où des moines en robe de bure, parcourait les routes européennes un livre enluminé à la main, de nos jours, sous des oripeaux technocratiques, équipé d’un smartphone, d’un ordinateur et empruntant les lignes aériennes, on peut être mus par un désir de transmettre la vérité évangélique et d’avoir soif de vérité. D’autres, moins dotés en moyens technologiques et matériels, vont néanmoins trouver des moyens plus modeste d’agir, en premier lieu de tourner le dos à la consommation effrénée et aux injonctions médiatiques qui rendent hystérique, névrosé et ignorant. L’important est de suivre le logos.

En lisant ces lignes, certains vont craindre que nos nouveaux convertis soient des opportunistes, des gens irrationnels aux passions violentes, qui changeront à nouveau d’avis dans quelques mois ou quelques années, mais il est néanmoins troublant de constater que dans les milliards de kilomètres des circuits électroniques,  au coeur de ce web  conçu et promu par des transhumanistes et des globalistes, des anges facétieux se soient glissés dans les circuits et qui peut rappeler cette belette, petit animal facétieux, qui a enrayé le fonctionnement du grand collisionneur de hadrons en avril 2016…



mercredi 25 octobre 2017

Monde terrien et monde maritime




- Est-ce le Brexit que vous aviez en tête lorsque vous avez discuté de l’isolement de la Grande-Bretagne dans votre livre « Fondamentaux de géopolitique » ?

- Pas exactement. Je considère la Grande-Bretagne comme la Puissance Maritime et le matrice de la modernité et du libéralisme. L’Europe continentale - germano-celtique et greco-romaine - est opposée   à la Puissance Maritime, elle est la Puissance Terrienne. Ici, je partage complètement les analyses de Carl Schmitt. De plus, je considère l’Irlande comme une partie de l’Europe faisant partie de la tradition et non de la modernité. Ainsi, l’histoire de l’Irlande est celle du calvaire de la tradition qui souffre du génocide de la part de la modernité anglo-protestante.




Mais d’un autre côté, l’Union Européenne actuelle n’est pas basée sur la Tradition. C’est quasiment l’opposé. Elle est basée sur l’ultra-libéralisme et sur le mondialisme c’est à dire la société post-moderne liquide (Z.Bauman), donc l’UE actuelle est la pire chose qui soit. Que la Grande-Bretagne quitte l’UE est une bonne chose pour deux raisons : 1. La Grande-Bretagne se libère elle-même de l’Euro-globalisme (qui est une bonne chose pour l’identité britannique quelqu’elle soit) 2. Cela libère l’Europe de sa pression libérale-financière, aussi bien que de l’outil américain donnant à Europa une chance de retourner à sa propre identité continentale (anti-libérale). Je ne surestime pas cette chance et je suis d’accord pour dire qu’elle est relativement petite, mais néanmoins, c’est une chance.

Alexandre Douguine  (courte entrevue avec le chercheur irlandais en géopolitique russe C.Maloney)

https://www.geopolitica.ru/en/article/eurasian-laugh





Et voici des propos qui corroborent totalement l'analyse d'Alexandre Douguine :

Alors, à quoi est dû ce sentiment largement partagé qui évoque les blocages de la France ?
Ce qui est vrai, c’est que la France modifie assez peu ses lois. Pour une mauvaise raison d’ailleurs, car nous avons de la peine à admettre les changements homéopathiques. Et pour une autre raison : les nations maritimes valorisent le changement, les nations rurales valorisent la permanence.

La France borde pourtant plusieurs mers. Elle aurait pu être une nation maritime ?
Elle a essayé de le faire à huit reprises, comme je l’aborde dans mon dernier livre. Mais la France a choisi d’être une nation rurale car elle possède des terres et une agriculture très riches.

Jacques Attali (source ici : https://www.24heures.ch/economie/suisse-doit-penser-hotel/story/20952391)

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