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mercredi 21 juillet 2021

Pourquoi les gens ont un problème avec le Novus Ordo ?

 


Par Steve Skojec

Dès que le nouveau rite de la messe a été introduit en 1969, des batailles concernant la liturgie ont suivi.

Mais quelque chose a changé : nous avons atteint un moment critique dans l'histoire de l'Église, à savoir la reconnaissance répandue que, simplement parce qu'un pape dit ou fait quelque chose ne signifie pas simplement que c'est le meilleur intérêt de l'Église ou des fidèles. Par conséquent, c'est un temps opportun pour nous afin d'envisager encore si les changements à la messe qui ont été imposés à l'Église en 1969 étaient en fait bons parce que le pape nous les avait données.

Les termes trompeurs de forme « ordinaire » et « extraordinaire » - qui viennent du motus proprio Summorum Pontificum du pape Benoît XVI en 2007- fournissent une couverture d'euphémisme à une dissonance liturgique sans précédent à l'intérieur du rite romain ; deux liturgies, l'une sacrée et éprouvée par le temps comme le fruit d'un développement organique, une autre créée par un comité avec un but clairement rhétorique, en porte-à-faux avec la compréhension historique de la liturgie pendant les deux mille ans de l'Église.

Je suis conscient que de nombreux lecteurs ici continuent, que ce soit par choix ou parce qu'ils n'ont pas d'autres options, à assister à la messe dite « Novus Ordo » ou « forme ordinaire. » Ils lisent nos articles et partagent nos préoccupations sur l'état de l'Église à bien des égards, mais pour certains, notre préoccupation avec la structure de la liturgie subsiste en tant que pierre d'achoppement. Et je demande à ces lecteurs en particulier de rester avec moi, s'ils le veulent, pour que je puisse essayer de mieux expliquer pourquoi ce champ de bataille se situe où nombre de nos efforts sont dépensés.

Ces derniers jours, je me suis retrouvé dans un certain nombre de discussions sur divers sujets. Chose curieuse, il semble que l'opinion catholique « traditionaliste » sur l'importance de la liturgie agace souvent quand elle fait partie du débat. Dans un exemple, dans une partie d'une discussion plus large sur la corruption dans l'Église institutionnelle, un homme m'a dit : « Vous êtes tellement similaire à un cher ami prêtre qui adore la messe traditionnelle en latin et pense que son retour va résoudre les problèmes humains dans l'Église. Son amertume risque d'anéantir sa foi. La votre est en danger pour la même raison. »

On ne parlait pas de liturgie, pourquoi donc tant de débats s'y fourvoient sans autre issue ?

Vous avez sans aucun doute entendu le sentiment auquel mon interlocuteur se réfère : « Sauvez la liturgie, sauvez le monde. » C'est bien sûr une simplification excessive, mais pas une simplification grossière. Ce serait une erreur critique de sous-estimer la signification de la liturgie dans nos vies. Comme je l'ai écrit dans mon article Why Liturgy Really is the Key to Everything (Pourquoi la liturgie est vraiment la clé de tout) :

« Une compréhension appropriée de la liturgie nous relie à une connaissance correcte de notre place dans l'univers. La liturgie qui met l'accent sur le sacrifice de Notre Seigneur et nous place mentalement et spirituellement devant la croix sur le Calvaire nous rend humble et réceptifs à notre dépendance absolue à Dieu pour toutes les bonnes choses, en particulier notre salut. La liturgie où le prêtre, comme les gens, sont orientés vers les Cieux et où les choses sacrées sont dissimulées, enveloppées et vénérées d'une façon appropriée, nous enseigne sur ce que nous sommes – et quels devoirs nous avons – en relation à Lui de qui sont issues toutes les bonnes choses et à qui nous devons faire confiance lorsque nous n'avons pas d'autres choix que de cheminer avec la foi plutôt qu'avec la vue. La liturgie devrait nous faire sentir petits, comme pénétrants dans les grands édifices de la Chrétienté. »

Et réciproquement :

« L'attaque sur la liturgie dont nous avons été témoins depuis plus d'un demi-siècle peut être comprise comme n'étant rien d'autre qu'une tentative diabolique de frapper au cœur de notre connexion la plus importante et la plus intime avec Notre Créateur – et également pour nous déconcerter et nous désorienter par cette perte de perspective. On nous a livré à l'idolâtrie – l'idolâtrie du soi, pour que nous voyons le monde uniquement par le prisme de nos propres désirs. Le sacrifice du Christ a été remplacé par de la nourriture et de la camaraderie, Son autel d'oblation transformé en table, Sa prêtrise frelatée par ces personnes qui s'ingèrent dans le domaine du prêtre mais qui ne possèdent pas la faculté d'agir in persona Christi, l'orientation universelle du prêtre et des gens vers Dieu s'est tournée vers l'intérieur pour qu'essentiellement, nous parlions seulement de nous-mêmes, et presque chaque acte de révérence pour le sacré a été éliminé. 

Le Christ demeure présent dans cette liturgie réinventée, banalisée et centrée sur l'homme, mais il est ignoré, oublié, maltraité et éclipsé. Comme Cain, nous ne pouvons plus offrir ce qu'on a de mieux, mais le garder pour nous-mêmes. Quiconque essaye d'offrir à Dieu ce qu'il mérite, comme Abel, rencontre la jalousie, le mépris et même la violence.

(…)

« Les architectes de la liturgie « nouvelle et améliorée » de l'Église savaient exactement ce qu'ils faisaient. Et ils ont réussi. Ils ont, d'un seul coup, changé l'édifice entier de l'Église en une fondation de sable. Et maintenant que cette édifice s'effondre et la foi avec elle, ils se précipitent en nous disant que les autres vérités de notre foi ne sont rien de plus que des « idéaux » trop durs pour profiter de la vie, que parce que les choses se sont tellement éloignées, nous devons désormais trouver des façons d'accepter et œuvrer avec les situations « telles qu'elles sont. » En détruisant notre compréhension de notre relation avec Dieu, l'acte central de la prière de l'Église, ils ont tout ébranlé et bien d'autres choses encore. Désormais, après un demi siècle de démolition, ils sont en train de démanteler ce qui reste de la foi quasiment sans résistance. »

La messe : il ne s'agit pas de nous

L'humanisme est, sans aucun doute, l'une des caractéristiques qui définissent l'Église post-conciliaire et il met en priorité les intérêts de l'homme sur ceux de Dieu – exactement ce dont Notre Seigneur a accusé St Pierre lorsqu'il lui a dit : « Retire-toi de moi, Satan ! » (Mt. 16:23)

Par exemple, comment vous sentiriez vous au sujet de cette opinion si vous l'entendiez d'une chaire ? : « Selon l'opinion quasi unanime des croyants comme des incroyants, toutes choses sur terre doivent être reliées à l'homme comme leur centre et leur clé de voûte. »

Et si ce n'était pas d'une chaire ? Et si cela venait de la constitution pastorale du Concile Vatican II sur l'Église dans le monde moderne, Gaudium et Spes, paragraphe 12 ?

N'y a-t-il pas quelque chose de curieux qui vous frappe dans cette assertion ? Si c'est le cas, vous n'êtes le pas le seul. Le Christ est le centre de toutes choses, même sur terre et non pas l'homme. Cette inversion dans la compréhension philosophique permet d'expliquer bien des nombreux problèmes que nous voyons dans l'Église aujourd'hui. Ce sentiment, exprimé maintes fois tant en mot qu'en acte, s'est renforcé seulement dans les années intermédiaires. Nous sommes désormais à un point où un document papal – Evangelii Gaudium 161 – qui explique que l'amour de son voisin est le premier et le plus grand commandement alors que les Écritures indiquent clairement que c'est l'amour de Dieu le premier et le plus grand.

Nous nous tournons vers nous-mêmes. Nous avons commencé, consciemment ou non, à s'adorer nous-mêmes.

Bien sûr, nous avons été avertis que cela arriverait. L'Instruction permanente de la Haute Vente – un groupe italien étroitement associé avec la franc-maçonnerie au XIXe siècle – a indiqué clairement ses intentions en 1859, lorsqu'elle a parlé de ses buts en infiltrant l'Église catholique :

« Dans quelques années, le jeune clergé aura, par la force des choses, envahi toutes les fonctions. Ils gouverneront, administreront et jugeront. Ils formeront le Concile du Souverain. Ils seront appelés à choisir le pontife qui régnera ; et ce pontife, comme la plus grande partie de ses contemporains, sera nécessairement imprégné par les... principes humanitaires qui sont sur le point d'être mis en circulation... Laissons le clergé marcher sous votre bannière dans la croyance qu'il marche toujours sous la bannière des Clés apostoliques. Vous souhaitez causer la disparition du dernier vestige de la tyrannie et de l'oppression ? Posez les filets comme Simon Barjona. Posez les aux fins fonds des sacristies, des séminaires et couvents, plutôt que dans la profondeur de la mer... Vous viendrez en amis autour de la Chaire apostolique. Vous pêcherez une Révolution en tiare et en chape, marchant avec la Croix et la Bannière – une Révolution qui aura seulement besoin d'être un peu aiguillonnée pour mettre les quatre coins du monde en feu. » (Nous soulignons)

Le Novus Ordo, par dessein, évacue l’ethos du sacrifice de la liturgie, et tourne son attention sur lui-même, vers l'homme. Vers la communauté et le partage du repas. Vers le changement de l'autel du sacrifice vers une table à souper. Vers l’apaisement des différences théologiques entre les religions. Vers l'inclusivité, et autres préoccupations humaines. Dans sa forme la plus pure – souvent évoquée par ceux qui disent qu'il peut être « bien célébrée » - il peut répandre parmi les altérations les plus problématiques que nous voyons habituellement : versus populum, vernaculaire total, les laïcs dans le sanctuaire, de la musique contemporaine banale au lieu de sacrée, la communion dans la main, la communion debout, et ainsi de suite. Néanmoins, même offerte en grande partie en latin, ad orientem, il conserve les changements faits aux prières essentielles de la messe, évacue les rubriques et les gestes qui valorisaient un aussi profond respect sacramentel, enlève la supplication du prêtre (prières aux pieds de l'autel) et des gens (les multiples confiteor), dilue l'offertoire, et utilise des prières non-catholiques mêlées partout. Comme l'architecte Annibale Bugnini l'avait expliqué, il devait dépouiller les pierres d’achoppement pour les non-catholiques pour qu'ils trouvent la liturgie approchable. Ce qui signifie que l'identité distinctement catholique de la liturgie catholique a été enlevée de manière chirurgicale. (Pour ceux qui seraient intéressés à la comparaison des prières dans les deux formes, voir ce texte juxtaposé).

Je dis cela pour n'offenser personne mais je pense que c'est vrai de façon sans équivoque : la soi-disante « forme ordinaire » est une liturgie inférieure, non seulement à celle qu'elle cherche à remplacer, mais aux autres rites de l'Église. Allez dans une paroisse byzantine, ukrainienne, melchite ou chaldéenne et vous y trouverez des liturgies similaires les unes les autres, et à l'ancienne messe romaine. Vous ne trouverez rien qui vous rappelle le Novus Ordo – mais vous en trouverez des réminiscences dans de nombreuses églises luthériennes, dont certaines utilisent des variations du même texte liturgique.

Il n y a pas de façon aisée de le dire : la nouvelle messe est un artifice ; c'est une construction moderne créée de toute pièce, et non pas le fruit d'un quelconque développement théologique organique à travers les siècles. Ratzinger en a fait une description bien connue, celle d'une « fabrication, un produit banal du moment. » Mais même le pape Paul VI, qui était directement responsable de sa promulgation, a reconnu implicitement sa nature invasive et contre-intuitive dans son audience générale du 29 novembre 1969 :

« Ce changement affectera les cérémonies de la messe. Nous devons en être conscients, sans doute avec quelque sentiment d'ennui, que les cérémonies à l'autel ne sont plus menées avec les mêmes mots et gestes auxquels on a été habitués – sans doute tellement accoutumés que l'on ne faisait plus attention à eux. Ce changement touche aussi le croyant. Il est conçu pour intéresser chacun de ceux qui sont présents, de les sortir de leurs dévotions personnelles coutumières ou de leur torpeur habituelle.

Nous devons nous préparer à ce désagrément à multiples facettes. C'est le genre de malaise causé par toute nouveauté qui interrompt nos habitudes. Nous remarquerons que des personnes pieuses sont très perturbées, car elles ont leur propre façons respectable d'assister à la messe, et elles seront ébranlées dans leurs pensées habituelles et obligées de suivre celles des autres. Même les prêtres pourraient ressentir quelque irritation dans ce contexte. »

La vérité, c'est de nombreux fidèles n'ont jamais arrêtés d'être irrités, et le jeune fidèle qui découvre la liturgie pérenne de l'Église découvre cette même irritation à nouveau. Ce dont le fidèle avait été privé, ce n'est pas de la « torpeur » mais de la dévotion authentique. De la vénération. De la supplication. On leur a donné une pierre au lieu de pain, un gong retentissant, un symbole fracassant, non pas un signe d'amour et une expression de véritable vénération et de dévotion à Dieu qui nous a tant aimé qu'Il a tout offert par Sa mort sur la croix pour l'expiation de nos péchés – un sacrifice rendu présent sur chaque autel catholique, mais pas traité avec le même effroi et émerveillement par chaque liturgie.

Il y a eu beaucoup de discussion sur tel ou tel aspect de la nouvelle liturgie qui serait en fait plus traditionnel, plus en conformité avec le christianisme historique. Ces arguments seront toujours débattus car les informations que nous avons sur la liturgie des temps apostoliques sont quelque part limités.

Mais comme Martin Mosebach l'écrit dans son Hérésie de l'informe :

« Cependant, si nous pensons correctement et historiquement, nous devrions nous rendre compte que ce qui est une expression de vénération dans une période peut être une expression de blasphème dans une autre. Si les gens qui s'agenouillent depuis mille ans se mettent soudainement sur leurs pieds, ils ne vont pas penser : « Nous faisons cela comme les premiers chrétiens, qui se levaient pour la Consécration. » Ils n'ont pas conscience de retourner vers quelque authentique forme d'adoration. Ils vont simplement se lever, épousseter leurs jambes de pantalon et se dirent : « Après tout ce n'était pas si important que ça. » Tout ce qui se déroule dans les célébrations de ce genre impliquent la même chose : « Après tout, ce n'était pas si important. » Dans de telles circonstances, anthropologiquement parlant, il est quasiment impossible pour la foi dans la présence du Christ dans le sacrement d'avoir une quelconque signification spirituelle plus profonde, même si l'Église continue à le proclamer et même si les participants de telles célébrations vont si loin qu'ils l'affirment explicitement. »

Le retour de la liturgie sacrée à l'Église ne résoudra pas tous « les problèmes humains de l'Église, » c'est vrai ; mais ce sera un pas significatif dans cette direction. Un peuple qui vénère Dieu d'une manière appropriée ont plus de chance de reconnaître l'importance d'honorer Ses préceptes qui s'étendent au delà du cadre de l'obligation dominicale. C'est ne pas à cause d'une préoccupation pour une préférence personnelle, du latin ou un amour pour le désuet que les catholiques traditionnels – nombre d'entre eux étant trop jeunes pour se souvenir de l'époque où l'ancienne messe était la liturgie normative du catholicisme romain – sont amenés à ce qu'elle représente. C'est un rempart contre les séductions du monde, une expérience qui nous transporte hors de notre existence quotidienne à travers le temps au pied de la Croix sur le Calvaire et nous laisse tout tremblant d'effroi sur ce qui a été à notre encontre, nous motivant et nous inspirant de porter cette mission hors des paroisses et dans un monde endommagé – un monde qui a besoin du plein pouvoir et de la majesté du sacrifice rédempteur du Christ.

(Publié initialement le 30 juillet 2018)


Source : https://onepeterfive.com/why-do-people-have-a-problem-with-the-novus-ordo/










samedi 18 novembre 2017

Le chemin de Damas et ses conditions modernes

Le Chemin de Damas
et ses conditions modernes 


La conversion de Paul par Le Caravage


« La vérité est que les Français d’hérédité catholique, que les désaffectés du catholicisme qui se croient le plus loin de la croyance de leurs ancêtres, ne sont séparés de celui-ci que par un mince rideau, qu’ils prennent pour un mur blindé…
Ce mince rideau, qui sépare de la foi les hommes de tempérament catholique, n’a jamais été plus flottant qu’à notre époque, où d’une part, la surabondance des notions, la suractivité intellectuelle provoquent et nécessitent des crises du sensible, – où d’autre part la cause de la Religion et celle de la Race apparaissent comme inséparables.
C’est pourquoi le chemin de Damas n’a jamais été plus fréquenté, plus carrossable. Je prévois que beaucoup de nos contemporains s’y engageront en automobile. Le goût effréné de la vitesse s’appliquera même à la conversion. »

Léon Daudet, Le chemin de Damas, 12 avril 1903

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   « La plupart des gens désirant se convertir au catholicisme, font cette démarche par rejet de la société moderne, ils ne vont naturellement pas être séduits par l'Eglise conciliaire qui est, en exagérant un peu, une excroissance du cosmopolitisme mondial (…) Faut bien comprendre que pour beaucoup d'entre nous souhaitant recevoir le baptême, venons de milieux anticléricaux, anti catholiques, de gauche... Et avons été " dressés" à détester les catholiques et à moquer leur austérité apparente. Les personnes sur le chemin de la Vérité, iront directement chez des traditionalistes, c'est à ce moment qu'arrive la confrontation entre la provenance sociale du pré-néophyte et le "milieu tradi (…) En résumé, les communautés de catholiques traditionalistes, devraient, selon moi, être aux petits soins des nouveaux venus, ils sont très loin de s'imaginer le chemin extraordinaire qu'empruntent ceux qui désirent devenir catholiques. Ils ne se rendent pas compte, et c'est normal, que des types comme moi, nés et élevés dans une banlieue française sordide, dans une famille de gauche anticatholique, ayant écouté du rap, éduqués dans les écoles laboratoires de la république, ayant voulu émigrer vers les Etats-Unis par haine de la France...etc, ne sont pas prédestinés à retourner vers le Christ. Nous venons du bas et devons monter la pente. »

Témoignage trouvé sur Facebook le 31/10/2017

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« Arrivé aux sanctuaires par un matin glacial de février 1984, je dus la laisser aux piscines et lui donner rendez-vous devant la Vierge de la Grotte. Pendant ce temps je cherchai un endroit abrité du froid et je trouvai la Crypte où débutait une Messe de semaine avec une dizaine de fidèles. C'était ma première Messe, et je m'assis au fond de la chapelle, attentif tout de même. A un moment, le prêtre se leva et lut : "Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira". Ce fut un choc pour moi, car c'était une phrase du rituel de l'initiation au grade d'Apprenti, souvent répété en Loge. Et j'appris ainsi que c'était Jésus qui avait prononcé le premier ces paroles ! Ensuite, dans le silence qui suivit, moi qui m'étais moqué des locutions de Jeanne d'Arc, j'entendis une voix douce me dire:"C'est bien, tu demandes la guérison de Claude, mais qu'as-tu à offrir?" Là, je fus bouleversé et je ne vis que moi à offrir. Si bien qu'après la fin de la Messe je rejoignis rapidement le prêtre dans la sacristie et après lui avoir avoué mon appartenance maçonnique, je lui demandai de me baptiser. Mais, il me renvoya vers mon diocèse. Je rejoignis Claude à la Grotte : elle était transie et se demandait où j'étais passé. Elle n'était pas guérie, mais, cependant, je la harcelais de question sur la religion.Trois mois plus tard, je fus baptisé et Claude, guérie, m'accompagnait au baptistère. Ma conversion et sa guérison étaient bien liées. »
Maurice Caillet, ancien franc-maçon

   J’en ignore le nombre mais j’ai eu l’occasion d’en rencontrer virtuellement cet automne d’où l’idée de ce texte : les nouveaux convertis - à l’image de Saint Paul passé du pharisianisme au christianisme qu’il combattait jusque là - lorsqu’ils passent de l’autre côté du miroir, comme ce sont des personnalités entières et passionnées, ils vont au bout des choses. Ils se tournent généralement vers l’église catholique (je parle du Catholicisme, c’est ce que je connais le mieux et elle est particulièrement honnie tout de même) mais pas l’église catho gentillette qui fait des happenings dansants en entonnant des chants gospel en tapant des mains dans les églises pour bien montrer qu’ils sont ouverts à tout. Non, les « nouveaux Paul » eux, se tournent vers le Catholicisme traditionnel, celui à chapelets, à curé en cols romains, à rogations et attaché à la messe en latin. 

Et pourquoi donc, sinon peut-être par esprit de provocation ?

C’est là que les « conditions modernes » interviennent : internet.

Cette invention, probablement destinée à abrutir les masses à coup de sites de scandales, de consommation en ligne, de ragots et de pornographie a accompli en partie sa mission. Sauf que, panique générale chez nos prescripteurs d’opinion : internet sert aussi à diffuser des informations et des informations que nos « grands médias » ne diffusent pas et nos Paul de Tarse modernes ont décortiqué, recoupé, mis en perspective toutes les informations, un procédé décuplé lorsque on peut lire dans plusieurs langues, en particulier l’anglais, la langue de « l’Empire ». D’ailleurs, à la Pentecôte,  lorsque Dieu envoie l’Esprit Saint aux apôtres, ceux-ci se retrouvent également polyglottes…

   Certains, d’une grande curiosité, lisent aussi des livres sur la question car selon eux, une certitude s’impose : il y a depuis longtemps un complot contre la chrétienté et que l’on a éloigné les gens de ses valeurs pour leur faire accepter le grand désordre moral, sexuel et économique que nous connaissons actuellement. La déliquescence morale et le relativisme des prélats tombaient aussi à pic! 
  
 Car en plus, les nouveaux convertis ne se contentent pas d’égrener le chapelet ou de déplorer l’avortement, ils se renseignent sur le fonctionnement de l’économie et réalisent que tout est fait pour que l’on s’endette de plus en plus et qu’une poignée de gens possède une très grosse proportion du magot. Et ça, si des bons économistes non croyants comme Bernard Maris l’ont compris, des catholiques l’ont compris aussi.. C’est le cas de Pierre Jovanovic par exemple, un journaliste spécialisé dans la finance. Ca a été aussi le cas d’un révérend catholique irlandais, Denis Fahey (1883/1954) que j’ai découvert il y a peu et qui a imaginé un modèle social basé sur le catholicisme différent du libéralisme comme du communisme. On pourrait citer aussi Alexandre Douguine, orthodoxe, qui a théorisé une « quatrième économie politique » qui fait la synthèse entre conservatisme et socialisme.

Et la souplesse d’esprit de ces nouveaux convertis fait qu’ils passent aussi par des penseurs de gauche comme Jean-Claude Michéa par exemple pour essayer de trouver la vérité, et qui aboutit, avec un prisme a-religieux, au même constat. 

C’est ainsi qu’un jour, ils tombent de leur cheval : si les super riches n’aiment pas le catholicisme, c’est qu’il doit y avoir quelque intérêt à voir de plus près ce que cette religion apporte comme message au delà de l’Inquisition, les Croisades et le train de vie scandaleux de certains ecclésiastiques.

Certains font un virage à 180° et passent du communisme - parfois la tendance la plus fidèle à la grande époque des régimes que « les pays du Bien », les Etats-Unis en tête, ont utilisé comme épouvantails aux peuples pour qu’ils se tiennent tranquilles pendant des décennies - au catholicisme, ou imaginent une combinaison entre les deux… 

Au fond, on change simplement de religion et le marxisme-léninisme étant très iconique, cette idéologie fait l’objet pour certains d’une vraie dévotion avec ses figures tel que Lénine, Marx, Engels… comme autant d’icônes…

« l’athéisme est une idéologie impossible. Rien ne vient de rien. Cela clos le débat. Je ne vois l’athéisme ni comme progressiste ni comme nécessaire pour la construction du socialisme. » 

Pourtant l’athéisme est l’un des piliers du marxisme-léninisme mais certains ont du comprendre avec justesse que le christianisme c’est également la défense du pauvre, du faible, des valeurs de partage avec en plus, une dimension transcendantale. Et les nouveaux convertis le comprennent bien mieux que bien des « catholiques » bien installés avec leurs certitudes dans leurs manoirs, leur patrimoine familial conséquents qui ont fait énormément de mal à la foi chrétienne en Occident.

Mais, si nous sommes bien éloignés d’une époque où des moines en robe de bure, parcourait les routes européennes un livre enluminé à la main, de nos jours, sous des oripeaux technocratiques, équipé d’un smartphone, d’un ordinateur et empruntant les lignes aériennes, on peut être mus par un désir de transmettre la vérité évangélique et d’avoir soif de vérité. D’autres, moins dotés en moyens technologiques et matériels, vont néanmoins trouver des moyens plus modeste d’agir, en premier lieu de tourner le dos à la consommation effrénée et aux injonctions médiatiques qui rendent hystérique, névrosé et ignorant. L’important est de suivre le logos.

En lisant ces lignes, certains vont craindre que nos nouveaux convertis soient des opportunistes, des gens irrationnels aux passions violentes, qui changeront à nouveau d’avis dans quelques mois ou quelques années, mais il est néanmoins troublant de constater que dans les milliards de kilomètres des circuits électroniques,  au coeur de ce web  conçu et promu par des transhumanistes et des globalistes, des anges facétieux se soient glissés dans les circuits et qui peut rappeler cette belette, petit animal facétieux, qui a enrayé le fonctionnement du grand collisionneur de hadrons en avril 2016…



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