mardi 29 octobre 2019

Le pape post-chrétien et les idoles Pachamama


source : Pan-Amazon Synod Watch

Par George Neumayr - The American Spectator

27 octobre 2019

J'ai perdu le fil du nombre de fois ou le pape François a fait un doigt levé aux catholiques orthodoxes – cela va de dire aux parents de grandes familles de ne pas se comporter comme des « lapins » ou de se moquer d'un enfant de choeur parce qu'il avait joint ses mains pieusement (il a taquiné le garçon estomaqué : « sont-elles collées ensemble ? »), jusqu'à traiter les prêtres qui adhérent à la tradition de « névrosés ». Avec Jorge Bergoglio, le monde a été témoin de son premier pape post-chrétien – un relativisme religieux qui aime toutes les religions sauf la sienne.

Le synode sur l'Amazonie, hérétique de façon criante - et ses organisateurs en chef, favorisent les femmes prêtres, l'abolition du célibat des prêtres, et les droits des LGBT parmi d'autres positions – est lui-même un majeur dressé aux catholiques. Jour après jour pendant le synode, la foi est malmenée, alors que les conférences catholiques sur les vertus du syncrétisme, un multiculturalisme insignifiant qui fait étalage d'une femme amazonienne qui allaite des animaux, verse désormais dans le paganisme le plus catégorique. Dans un dernier scandale, le pape François a obtenu de la police qu'elle repêche les idoles pachamama du Tibre qu'un catholique anonyme avait enlevé d'une église située près de la Place St Pierre et les avait jeté dans le fleuve.

Les rédacteurs de l'Onion*doivent se gratter la tête pour trouver comment satiriser ceci. Leurs faux gros titres ne peuvent pas battre les vraies, comme celui ci : « le pape François demande le pardon après que les statues amazoniennes volées, aient été jetées dans le fleuve. »

Son pardon était digne du politiquement correct le plus servile qui soit : « en tant que évêque du diocèse, je demande pardon aux personnes qui ont été offensées par cela. »

Le pape post-chrétien rend Rome à nouveau païenne rapidement. On se demande si ses excuses vont aussi concerner les descendants des anciens Romains qui adoraient les dieux et les déesses. Peut-être que François va ordonner que les temples païens qui avaient été transformés en églises, reprennent leur forme ancienne. Après tout, si une déesse de la nature comme Pachamama mérite le « respect » catholique sur lequel François insiste, Zeus et Minerve méritent certainement un signe d'approbation renouvelé. 

Sous le règne d'un pape post-chrétien, le Vatican a perdu à la fois son esprit et son âme et ainsi n'a ni la rationalité ni la foi pour faire la distinction entre le bien et le mal dans la culture et la religion. Le relativisme implicite dans le refus de faire des jugement sur la culture et le mélange à tort et à travers de religions est comme un acide qui brûle tout ce qu'il touche ; l'Église s'est amoindrie proportionnellement à son exposition à cela. Incapable de prendre position pour quoi que ce soit, les relativistes se prosternent devant n'importe quoi, y compris le paganisme amazonien.

Ce qu'on présente comme étant un « respect culturel » est en fait un mépris pour la culture - la condescendance désinvolte de libéraux qui réduisent tout de la Piéta à la Pachamama au même niveau insignifiant. Il est interdit de porter des jugements sur la culture amazonienne, les multiculturalistes doivent tout considérer comme étant similaire, ce qui signifie qu'ils n'apprécient jamais vraiment ce qui y est valable.

Seul un jésuite moderne, fonctionnant en dilettante comme François, aurait pu avoir le culot de présenter ce synode, qui est un acte monumental de manipulation et de condescendance, comme étant un coup porté au « colonialisme occidental ». En vérité, c'est simplement une forme nouvelle et bien plus malsaine de cela : la croix a été remplacée par le drapeau des Nations Unies. Dans son ombre, une alliance de canailles de l'ONU et d'officiels hérétiques du Vatican laisseront les Amazoniens jouer avec leurs petites idoles Pachamama aussi longtemps qu'ils abandonneront leur politique à des bureaucrates du Nouvel Ordre Mondial. La dernière chose qu'ils veulent pour les Amazoniens, c'est de gérer leurs propres affaires. Et, contrairement aux missionnaires catholiques d'autrefois, les nouveaux colonialistes de l'ONU ne chercheront pas à libérer les primitifs de perversions telles que l'infanticide mais les introduiront dans des nouvelles – programmes d'éducation sexuelle du Planning familial, des toilettes non genrées, l'avortement à la demande, l'eugénisme, l'euthanasie, la pornographie omniprésente, et d’innombrables autres formes modernes de dégradation.

Ce synode ne porte pas sur la sainteté mais sur le pouvoir – une tentative de la part des Nations Unies et du Vatican de tailler des croupières à l'Amérique Latine avec une région qui pourra faire l'objet d'une micro gestion selon leurs prédilections totalitaires. Et pour un pape post-chrétien, le synode a l'avantage supplémentaire de servir de prétexte pour un ajustement disciplinaire et théologique, tout en scellant la direction syncrétique de l'Église depuis Vatican II. Tout en prétextant aider les Amazoniens, il les utilisent tout simplement comme une excuse pour diluer la doctrine, affaiblir la discipline et politiser l'Église.

Il y a deux semaines, la controverse au Vatican portait sur ce qu'avait dit le pape à son intervieweur préféré, qu'il ne croyait pas à la divinité de Jésus-Christ sur terre. (Le pape n'a toujours pas de façon personnelle et directe dénié ce récit). Désormais la controverse, c'est le fait qu'il ramène les idoles païennes sur la place St Pierre, dont l'homonyme a été crucifié pour avoir refusé de s'incliner devant les idoles romaines. Mais toutes ces controverses en fait n'en font qu'une – le scandale ahurissant d'un pape post-chrétien.

* équivalent américain du Gorafi




jeudi 24 octobre 2019

Pourquoi cette statue féminine indigène n'est pas catholique

Par Dwight Longenecker


Dwight Longenecker est un prêtre catholique américain



J'ai commenté ici la semaine dernière l'étrange cérémonie de la terre-mère amazonienne avec laquelle ils ont donné le coup d'envoi du synode de l'Amazonie. 

Cela m'a fait penser que le terme "Amazone" est tout à fait approprié pour le nom de ce synode, et pas à cause du fleuve. Les Amazones, si vous vous souvenez bien de la mythologie grecque, c'était les effrayantes guerrières femmes - les filles d'Arès, le dieu de la guerre et d'Harmonie - une nymphe des bois. La prédominance de la vénération de l'arbre, la révérence envers la forêt d'Amazonie et la prédominance du "ministère féminin", tout fait écho aux mystères grecs d'une époque ancestrale.

Nous avons un souvenir assez mièvre du paganisme greco-romain. Je suppose que cela est du au fait que nous avons tous lus la mythologie dans ce livre d'Edith Hamilton (1) (qui est disponible sur Amazon - ou sinon ?). En fait, alors que les mythes grecs et romains ont tout l'aspect du bas-bleuisme dans l'anthologie de Mademoiselle Hamilton, la réalité de la religion païenne n'avait rien de terne ni de chichiteux. Les temples étaient les centres de sacrifices sanglants et d'orgies effrénées. Imaginez une grotte obscure ou des temples enfumés où des sorcières infestées par le démon étaient assises, murmurant au dessus de leurs feux alors que battaient des tambours. Les bêlements et les meuglements des animaux se mêlaient aux chants répétitifs des prêtres qui retiraient les intestins hors des taureaux et les étudiaient pour pronostiquer l'avenir. Le cas échéant, après avoir payé le chaman pour jeter un sort sur votre ennemi, vous deviez vous rendre sous l'autel et rester caché dans une niche pendant que le prêtre massacrait un taureau au dessus de vous et vous pouviez être baptisé dans le sang du taureau. 

Nous aimerions tant un paganisme aseptisé, mais le prêche de Saint-François aux petits oiseaux et sa caresse sur la tête du loup de Gubbio sont très éloignés des réalités du culte païen. Prenons par exemple les religions nordiques avec leurs forêts et arbres sacrés par exemple. Les vikings n'allaient pas dans les bois sacrés pour vénérer Yggdrasil comme ceux qui câlinent les arbres de nos jours et qui vont dans la forêt pour communier avec le pin solitaire. Ils allaient dans les bois sacrés pour faire des sacrifices humains aux dieux de la terre, des arbres et de la forêt effrayante. 

Cela me ramène à cette statue d'une femme enceinte qu'ils avaient à la cérémonie où l'on plantait un arbre et où ils défilaient autour du Vatican.

Il y a eu pas mal d'agitation en ligne à propos de la statue. L'écrit de Julia Meloni ici nous explique que la statue est celle de Pachamama - la Terre Mère.

D'un autre côté, Pedro Gabriel défend la statue. Il s'en explique ici et ici que c'est simplement une représentation indigène de la Vierge Marie Bénie. JD Flynn a une autre analyse de l'image dans un contexte plus large comme faisant partie du synode de l'Amazonie. Voir ici.

C'est un débat intéressant. Je tend à croire ceux qui pensent que c'est païen. Pas parce que la statue vient de l'Amazonie ni parce qu'elle vient d'une culture indigène, ni parce que la femme est nue. 

Ce n'est pas catholique pour deux raisons. La première c'est parce que ce n'est pas la façon dont les catholiques utilisent les statues. 

Arrêtons un moment et révisons les croyances catholiques au sujet de l'iconographie. Autrement dit, que croyons nous au sujet des images et des vénérations d'images dans le culte ? 

Il y a très peu de représentations venant des premiers siècles de l'église chrétienne et pourquoi donc ? Parce que les premiers chrétiens étaient des Juifs et les dix commandements interdisaient clairement la fabrication de toute représentation gravée. En outre, les premiers chrétiens étaient entourés par le paganisme et du culte des idoles. Finalement, deux représentations dimensionnelles commencèrent à être autorisées, et ainsi, des représentations en bas-relief ont été permises et finalement - comparativement tard dans le Moyen-Âge, des statues complètes commencèrent à être acceptables.

Toutefois, la controverse sur l'iconoclasme a déchiré l'église au VIIIe et IXe siècle.

Cette controverse a aidé à clarifier ce que les chrétiens croient au sujet des images. L'explication est celle-ci : Jésus-Christ est l'image (icône) de Dieu invisible (Colossiens 1:15). Parce que nous sommes faits à l'image de Dieu et nous sommes nés à nouveau dans l'image du Christ, chacun d'entre nous qui sommes baptisés et sommes destinés à devenir des uniques images du Christ qui est l'image de Dieu. Avant l'incarnation, il n y avait pas d'image visible de Dieu. Par conséquent, toutes les images étaient interdites. Après l'incarnation, nous voyons le Christ comme l'image de Dieu. Ainsi, les images de Jésus-Christ sont permises parce qu'elles sont des images de l'Image. Parce que la Mère Bénie et tous les baptisés sont destinés à être des images de l'Image, on peut aussi permettre de produire des images de la Mère Bénie et des saints. 

Maintenant, il y a une grosse différence entre les représentations catholiques et la statue qui est promenée autour du Vatican.

C'est vraiment très simple.

Une représentation catholique authentique est une représentation d'une vraie personne, qui, par la grâce de Dieu, a été remodelée à la ressemblance au Christ.  Le saint est devenue une représentation du Dieu invisible.

Une représentation païenne n'est pas une vraie personne. Une représentation païenne est une idole. C'est même une représentation d'un démon ou un symbole d'une sorte d'esprit ou demi-dieu (ce qui est un joli nom pour un démon).

Même si la statue féminine amazonienne n'est rien d'autre qu'un symbole, nous ne vénérons pas les symboles. Nous avons des symboles dans l'église. Le chrisme est un symbole. Le triangle dans trois cercles est un symbole. L'Agneau de Dieu est un symbole, mais nous vénérons pas les symboles. Nous les promenons pas en procession. Nous n'allumons pas de cierges devant les symboles. Nous ne mettons pas de symboles au milieu de cercles de prière et nous ne inclinons pas devant eux.

Par conséquent, nous devrions regarder encore cette représentation. Est-ce une icône symbolique ou la représentation d'une vraie femme indigène ?

Pedro Gabriel, dans sa défense, affirme que la femme dirigeant la cérémonie de l'arbre planté, appelle la représentation "Notre Dame de l'Amazone." Donc, la statue est une représentation de la Vierge Marie Bénie ou une femme indigène d'Amazonie ? Ce serait bien. La Vierge Marie a été représentée dans diverses appartenances ethniques et costumes locaux. 

Mais est-ce vraiment ce qu'est cette représentation ? John Flynn démontre ce que les autorités du Vatican conteste. 

Le frère Giacomo Costa, un porte-parole du synode, dit que la représentation n'est pas la Vierge Marie, mais celle d'une figure féminine représentant la vie. Paolo ruffini, un officiel de la communication du Vatican a dit que dans son opinion personnelle, la représentation semble être celle d'un arbre, qui est, a-t-il dit, une sorte de "symbole sacré."

L'évêque péruvien, David Martinez De Aguirre Guinea était un peu plus méfiant.

Nous avons nos propres interprétations : la Vierge Marie, la Terre-Mère... Il est probable que ceux qui utilisaient ces symboles souhaitent se référer à la fertilité, aux femmes, à la vie, la vie présente parmi les Amazoniens et l'Amazonie est censée être pleine de vie. Je ne crois pas que nous ayons besoin de créer des connections avec la Vierge Marie ou avec un élément païen. "Cependant, la mission chrétienne n'est pas seulement d'inculturer l'Évangile, mais aussi de corriger ce qui est dans l'erreur dans la religion indigène.

Est-ce que la représentation est simplement celle du la Mère Bénie dépeinte en femme indigène ? Est-ce Notre Dame de l'Amazone ? Gabriel démontre qu'il y a en fait, déjà une telle représentation. Voici à quoi elle ressemble :









Cependant, on peut aussi trouver beaucoup d'images de Pachamama - la déesse mère péruvienne - en ligne. Il y en a différentes versions mais voici en une : 






Posez-vous la question. Laquelle de ces deux représentations la statue du Vatican ressemble le plus ? Absorber Marie dans la Mère Déesse ? Non. 

Ce n'est pas catholique.

Comme dans bien des conflits dans l'Église... Devinez quoi ? Nous avons déjà vu cela.

Les apôtres eux-mêmes se sont confrontés à la Grande Déesse Mère. Dans leur culture, aucune n'était aussi grande que Diane des Éphésiens.

Voilà à quoi elle ressemblait.





Considérons St Paul s'inclinant devant elle et disant : "C'est cool. Plantons un arbre et inculturons l'Évangile. Nous l'appellerons tout simplement Notre Dame d'Éphèse !"

Je ne pense pas. Vérifiez dans Actes 19.

" Il survint en ce temps-là un grand tumulte au sujet de la voie du Seigneur. Un orfèvre, nommé Démétrius, fabriquait un argent de petits temples de Diane, et procurait à ses ouvriers un gain considérable. Les ayant rassemblés, avec ceux du même métier, il leur dit : " Mes amis, vous savez que notre bien-être dépend de cette industrie ; et vous voyez et entendez dire que, non seulement à Éphèse, mais encore dans presque toute l'Asie, ce Paul a persuadé et détourné une foule de gens, en disant que les dieux faits de main d'homme ne sont pas des dieux.  Il est donc à craindre, non seulement que notre industrie ne tombe dans le discrédit, mais encore que le temple de la grande déesse Diane ne soit tenu pour rien, et même que la majesté de celle qui révèrent l'Asie et le monde entier ne soit réduite à néant." A ces mots, transportés de colère, ils se mirent à crier : "Grande est la Diane des Éphésiens !" Acte XIX - 23/29

Le fait est que Pachamama n'est pas catholique parce que Pachamama est une fausse idole, un substitut païen pour la Vierge Bénie.

Et s'ils se débarrassent de la Vierge Bénie et mettent à sa place la Terre Mère, alors je considère que le spectacle tout entier est suspect.

Au mieux, c'est un exercice de relations publiques factice qui sera bientôt oublié.

Au pire, c'est la promotion d'un faux évangile.


Article d'originehttps://dwightlongenecker.com/why-that-naked-native-lady-statue-in-the-vatican-aint-catholic/?fbclid=IwAR3Fo5DblxIh006hoMNAc-Z0s4CDorsEm5yQNazMu1mNagegEmlfcMJijMk

Cet article a été traduit le jour où les statuettes païennes de femmes enceintes ont été dérobées au Vatican et jetées dans le Tibre. Cette action audacieuse est à applaudir mais l'article est toujours d'actualité. On essaiera d'imposer ce néo-paganisme tant que le Vatican n'aura pas été drainé des ennemis de l'Église en son sein.


(1) Edith Hamilton (1867-1963) était une helléniste américaine


lundi 21 octobre 2019

Nisi crederet, non caperet







Le 28 août 2019


Nous pensons comme évident, je pense, que la bataille la plus durable dans l'histoire humaine et celle qui a un lien entre la foi et la raison ; que partout et toujours, les gens de foi sont en guerre contre les philosophes et les scientifiques. Et il est certainement vrai que partout où l'on regarde dans l'histoire humaine, on trouve quelque chose d'analogue à nos luttes modernes, comme l'exécution de Socrate pour avoir été un « athée ». Cependant, je pense qu'on exagère ce cas. Socrate a été exécuté pour athéisme parce qu'il déniait le Panthéon, le grand domaine des dieuxtribaux des Grecs. Mais ce rejet d'une constellation particulière de dieux n'était pas le rejet du divin en lui-même ; pour Socrate, l'univers était empreint de dessein et de signification divins. 

Ce qui se passe dans bien des endroits et des lieux, est que la foi et la raison sont tenues ensemble en tension l'une avec l'autre, plutôt que d'être dans une guerre à mort. C'est à dire que bien de nos batailles contemporaines sur ce sujet serait tout simplement inintelligibles pour les hommes d'autres époques et d'autres lieux. Pour ce qui est affirmé par le monde moderne, c'est que tout sera science et par conséquent, il n y aura (en ayant assez de temps et de financement) plus besoin de foi, une affirmation qui mène à la contre-affirmation du fidéisme. Nous estimons cette bataille comme étant typiquement moderne, mais en fait, la bataille tire son origine de la scolastique médiévale et en particulier avec l'assertion de Saint-Thomas d'Aquin que « la même chose ne peut pas être à la fois vue et crue. » Il continue : « Par conséquent, il est également impossible pour une et la même chose d'être un objet de science et de croyance » (1) Par conséquent, la science et la foi sont directement opposées l'une à l'autre pour que le plus de l'un doit signifier le moins de l'autre. Bien sûr, Thomas revient sur le versant de la foi, mais seulement en tant que palliatif. En accroissant nos connaissances, plus de choses passeront du domaine obscur de la foi à la lumière claire de la science jusqu'à ce que, au final, sans doute en une Vision Béate, tout sera connaissance alors que la foi, comme l'état communiste, va tout simplement disparaître, n'ayant plus de fonction à exercer. C'est vraiment une grande vision et personne ne pourra être pris en faute s'il veut accélérer le processus un peu et amener toutes les choses ou presque entièrement sous le domaine de la science aussi vite que possible. Mais cela mène à l'erreur fondamentale du monde moderne.

Et quelle est cette erreur fondamentale ? C'est la croyance qu'ici-bas existe un espace purement séculaire, divorcé de l'ordre moral. 
Désormais, cela fait un certain degré de signification si on confine son regard aux parties physiques du cosmos. On a pas besoin, et même on ne peut pas, laisser les considérations morales revêtir un calcul de l'orbite de Vénus ou la réfraction de la lumière. Et cette vision « non-morale » a prouvé sa force ; rares seraient ceux qui auraient la volonté d'abandonner les merveilles de l'âge moderne. Cependant, je pense que cette vision fragmentaire échoue lorsque nous tournons notre attention des parties d'un tout. Lorsque nous regardons le cosmos comme un tout, nous voyons de l'ordre et de la beauté et nous pouvons seulement les comprendre par un prisme esthétique. Alors que les parties sont gouvernées par une rationalité strictement déterministe et peuvent être comprises par la connaissance des causes, le tout est gouverné par l'ordre et la beauté et on ne peut pas la rationaliser. Le cosmos est cosmétique et comme toutes les choses cosmétiques, il échappe au rationnel pur en faveur d'une contemplation pure. Ce qu'il ne convie pas, c'est quelque réduction de l'ordre cosmique aux quatre causes, le point final de toute analyse rationnelle. C'est à dire que le cosmos échappe au rationalisme. 

Je me souviens avoir lu un scientifique – je pense qu'il s'agissait de Desmond Morris – expliquer « l'amour » en terme de réactions chimiques dans notre cerveau. Et il est bien sûr absolument correct : voir l'être aimé se traduit en mouvements chimiques. Il a par conséquent parfaitement rationalisé l'amour, et passe totalement à côté de lui. Et c'est là précisément que nous atteignons les limites du rationalisme : c'est toujours une explication complète qui n'explique absolument rien : cela donne (ou peut donner) une vision exhaustive des parties et ne dit rien sur le tout. Parce que la vérité est que rien d'important peut être rationalisé, ni l'amour, ni le cosmos, ni la Croix.

Dans la mesure ou la science – ou la philosophie d'ailleurs – signifie « le savoir par les causes », et spécifiquement les quatre causes identifiées par Aristote, cela sera toujours incomplet parce que la vérité est que rien d'important n'a de causes, humaines ou divines, que la philosophie et la théologie sont concernées en premier lieu. Les « causes » sont déterminantes (comme dans « cause et effet ») et par conséquent, on ne peut pas réduire l'acte de création à ces « causes » puisque le faire déposséderait chaque créateur de sa (ou Sa) liberté. Chaque chose créée a des causes, mais l'être n'en a pas, il a seulement une raison et la raison d'être, c'est l'amour, quelque chose d'irréductible à aucune matrice des causes aristotéliciennes. (2)

Au tout début de l'ère moderne, le poète Angelus Selisius l'a exprimé ainsi :

Die Ros' ist ohn' Warum, sie blühet weil sie blühet,
Sie ach't nicht ihrer selbst, fragt nicht, ob man sie siehet. (I, 289)

(La rose est sans pourquoi ; elle fleurit parce qu'elle fleurit,
N'a souci d'elle-même, ne cherche pas si on la voit.) (3)

La rose peut être « expliquée » par une réduction à ses quatre causes mais ne peut pas être comprise de cette façon. Le scientifique ou le philosophe rationaliste peut seulement expliquer la rose en ignorant son être réel. Il est vrai que c'est une ignorance utile, nous permettant de faire pousser plus de roses et des plus belles mais l'achat d'une rose n'a pas de cause mais des raisons. Et une grande différence entre les causes et les raisons est que alors que le premier est déterministe, le dernier appelle à plus de liberté ; je peux acheter une rose ou non ; je peut choisir des chocolats à la place des roses, ou ne rien choisir du tout.



Le Divin Géomètre (vers 1250)



La création d'Adam
Tadeusz Kowaski, 2006



Ce souci des raisons plutôt que de la cause nous amène immédiatement au monde de l'artiste et du créateur, car toutes choses commencent dans l'art. Au haut Moyen-Âge, il est devenu populaire de représenter Dieu comme le Grand Géomètre ; mais en fait, il est le Grand Artiste créant un cosmos, la racine du « cosmétique » ou plutôt le Grand Potier, formant l'homme à partir du limon de la terre. Le géomètre (qua géomètre) ne crée rien ; le potier seul peut dire : « voici que je fais quelque chose de nouveau. »

Il est intéressant de noter que le monde séculaire dépend de la création de la fin du Moyen-Âge de la notion d'espace cartésien, un espace séculaire, on devrait presque dire un « espace mort ». Mais la notion ne commence pas avec Descartes ni par quelconque scientifique ou philosophe mais avec les artistes, en particulier la démonstration de Brunelleschi de la perspective du point unique en 1420. Elle est devenu le standard du réalisme artistique, en dépit du fait que cela n'est pas réaliste du tout, et ce n'est pas du tout la façon dont les gens voient les choses. Pour voir une chose, nous avons deux yeux plutôt qu'un, et notre regard n'est jamais fixé pour très longtemps, et certainement pas sur une « ligne de fuite » infinie. Au contraire, notre point de focalisation change constamment. En réalité, nous composons toujours avec de multiples perspectives, plus comme l'œuvre L'agneau mystique de Van Eyck plutôt que comme l'interprétation d'Alberti du Narcisse du Caravage (le symbole parfait de son époque, et de la notre). Mais la question, c'est que cet espace séculaire est passé de l'art à la science et la philosophie, et non pas l'inverse. (4)

Lorsque la philosophie est passée du domaine des causes au domaine des raisons, elle est aussi passée du monde du déterminisme au monde de la liberté. En un mot, les effets sont déterminés par leur causes, mais dans l'autre, les actions sont occasionnées par leurs raisons. Et clairement, les mêmes raisons mènent toujours à des actions différentes. La raison est donnée mais les réponses sont, ou peuvent être, libres. Et il est toujours impossible de dire à l'avance quelle réponse particulière est « correcte », et il peut ne pas être possible de faire ainsi, même rétrospectivement. Dans le monde des quatre causes, il ne peut n'y avoir plus qu'une réponse et par conséquent une science « correcte » et par extension, une philosophie « correcte ». Mais du fait que Dieu est la cause ultime de toute action, et du fait que l'infinité qui est Dieu, ou plutôt l'infinité que Dieu surpasse, elle ne sera jamais capturée par une philosophie, il ne peut pas y avoir une seule philosophie « correcte » ; au contraire, chacune est une vue fragmentaire d'un tout. Ici, nous passons dans la « docte ignorance », la docta ignorantia de Nicolas de Cues. Dans ce monde, nous pouvons affiner notre apprentissage, mais nous ne pouvons jamais nous débarrasser de notre ignorance. 

Bien sûr, abandonner les « connaissances par les causes » d'une philosophie analytique a son coût psychique. D'un côté, nous devons abandonner (ou du moins rétrograder) le monde du savoir sûr et entrer dans le monde nébuleux, le nuage de l'inconnu, le monde où l'humilité plutôt que la certitude est le mot d'ordre. Et il nous amène du monde des propositions vers le monde de l'art et de l'histoire, de l'image et du récit. Dans ce monde, la « raison » elle-même passe des « conclusions fermes issues de propositions sûres » à la raison en tant que proportion entre l'image et l'objet, entre le récit et le monde. Et dans ce monde, la foi et la connaissance ne sont pas opposées mais complémentaires. La foi est l'entrée dans la connaissance, et la connaissance ne diminue pas mais au contraire renforce la foi, et c'est ainsi même si la connaissance défie aussi la foi, comme elle le veut certainement. 

Certains vont permettre que les histoires aient un pouvoir « émotif » mais doutent de leur prise nécessaire sur la raison. Mais cela la tire exactement en arrière : une histoire devraitêtre émotive, mais elle doitêtre raisonnable. C'est à dire qu'une histoire doit être proportionnelle à la vision du monde que nous avons ou pouvons imaginer avoir. L'histoire peux accroître ou renforcer notre rationalité mais elle doit faire appel à cela d'une certaine manière, ou alors, elle sera simplement rejetée comme étant fausse ou inintéressante. Et c'est précisément cette proportionnalité, ce ratio, qui constitue la raison elle-même. Et même, à la lumière du théorème de l'incomplétude de Gödel et le théorème de l'indéfinissable de Tarski, même les mathématiques et la logique repose sur un noyau de pure croyance. Ici, nous devrions être aux côtés de Nicolas de Cues pour affirmer Nisi crederet, non caperet qui peut être traduit à peu près comme : « s'il ne croira pas, il ne comprendra pas. »

Cette perspective résout aussi un problème qui altère cette analyse, en un mot, pourquoi Dieu a choisi de nous parler comme il le fait ? Pourquoi nous a-t-il adressé un sermon sur une montagne plutôt que dans un séminaire ou une synagogue ? Mais cette question est enracinée pas tant dans la mauvaise philosophie que dans la mauvaise anthropologie. Pour le philosophe analytique, comme le capitaliste, il imagine l'homme comme une machine « rationnelle ». Mais « rationnelle » ici, perd sa connexion avec leratio, la proportionnalité, pour devenir quelque chose plus proche du « calculant » ou des même « utilités » (dans le cas du capitalisme) ou des « propositions » (dans le cas du philosophe). Mais l'homme ne fonctionne pas comme cela, et Dieu non plus. Ou du moins, Dieu choisit de s'empêcher d'être un artiste ou un historien plutôt qu'un philosophe. Il nous donne des histoires, pas des propositions. Et les histoires doivent être crues avant d'être pouvoir utilisées. Et il fait cela précisément parce qu'il est le meilleur philosophe et le meilleur psychologue. Mais il est aussi un meilleur Père du fait qu'il donne toujours à ses enfants les meilleurs dons possibles. Cela étant le cas, je dois commencer avec les bonnes histoires plutôt que la « bonne » philosophie parce que c'est comme cela que tous le gens pensent et c'est la seule façon pour eux de penser.

Le théologien orthodoxe, David Bentley Hart, a capturé la chose joliment lorsqu'il dit : 

Ainsi, pour la pensée chrétienne, la connaissance du monde est quelque chose qui doit être accomplie, non seulement par une reconstruction ou sa « raison suffisante », mais par une obéissance à la gloire, une orientation de la volonté vers la lumière de l'être et de sa gratuité ; et ainsi le discours de vérité le plus pleinement « adéquat », c'est la dévotion, la prière et la réjouissance.

Dit autrement, la vérité de l'être est poétique avant d'être « rationnelle » (Et même, c'est rationnel précisément grâce à sa cohérence poétique suprême et sa richesse de détail), et ainsi ne peut être vraiment connue si l'ordre est renversé.

La beauté est le début et la fin de toute véritable connaissance : pour réellement savoir, on doit d'abord aimer, et ayant su, on doit finalement se réjouir ; seulement cela « correspond » à la l'amour Trinitaire et la réjouissance que cela crée. La vérité de l'être est l'entièreté de l'être, dans son événement, sans raison, et ainsi, dans chaque détail, révélateur de la lumière qui l'octroie. (5)

    1. Saint-Thomas d'Aquin, Somme théologique

    2. Voir Rémi Brague, Curing Mad Truths: Medieval Wisdom for the Modern Age, Catholic Ideas for a Secular World(Notre Dame, Indiana: Notre Dame University Press, 2019), 22. ↑ 

    3. Cité dans Johannes Hoff, The Analogical Turn: Rethinking Modernity with Nicholas of Cusa, Kindle (Grand Rapids, Michigan/ Cambridge, U.K.: William B. Eerdmans Publishing Company, 2013), 165. ↑

    4. Voir la discussion in Hoff, chap. 8. ↑`

    5. David Bentley Hart, The Beauty of the Infinite: The Aesthetics of Christian Truth(Grand Rapids, Michigan/ Cambridge, U.K.: Eerdmans, 2004), 132. ↑





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