dimanche 26 novembre 2017

Corps mystique et solidarité économique








Denis Fahey était un prêtre irlandais qui a imaginé une doctrine sociale qui ne soit ni du libéralisme ni du communisme, ces deux systèmes étant selon lui d'essence sataniste, notamment dans un ouvrage intitulé "The Mystical Body of Christ in the Modern World"



  "  Le Plan Divin demande une large diffusion de la propriété privée, pour faciliter l’approvisionnement en biens matériels des familles, une exigence pour la vie vertueuse de ses membres en tant que personnes humaines, et pour l’Union des propriétaires et des travailleurs en guildes ou en corporations, reflétant la solidarité du Corps Mystique dans une organisation économique. Autant de personnes que possible doivent pouvoir devenir propriétaires terriens.

   Le but de Satan est de concentrer la propriété dans les mains de quelques un, soit nominalement soit l’Etat, ou les manipulateurs monétaires. Il sait que, étant donné la nature faillible des hommes, cela va mener à la subordination des hommes à la production de biens matériels et au traitement de tous ceux qui n’ont pas de pouvoir comme de simples individus, non comme personnes. Dans ce but, il a favorisé le libéralisme ou l’individualisme et favorise désormais la réaction contre l’individualisme par le collectivisme et le communisme. Il y a plusieurs générations, un capitalisme débridé a servi à concentrer la richesse dans les mains d’une poignée de gens. Désormais, des promoteurs zélés du collectivisme et du communisme s’infiltrent dans toutes les organisations, y compris l’Eglise et ses ordres religieux et d’autres institutions. Le but de tout cela étant de détruire le sentiment religieux chez tout le monde et en particulier, chez les jeunes.

   Le plan divin pour l’ordre demande un système monétaire qui arrange et facilite la production et l’échange de biens matériels avec en ligne de mire la vie vertueuse des membres du Christ dans les familles heureuses. Des familles saintes et fortes sont soutenues et promues. Les lois et les conditions sociales devraient favoriser l’unité de la famille. L’art de la manipulation monétaire dans la hiérarchie des arts est inférieure aux arts industriels qui fournissent les besoins secondaires de l’homme, et à l’agriculture qui produit les besoin humain primordiaux, tous ces arts doivent être au service des membres du Christ dans les familles heureuses. L’art de l’agriculture doit être considéré comme le travail idéal pour soutenir la vie de famille.


    Au contraire, Satan cherche à créer un système monétaire, qui rend les personnes humaines subordonnées à la production de biens matériels et la production, la distribution et l’échange de biens matériels qui seront subordonnées à la fabrication de l’argent et la croissance du pouvoir dans les mains des financiers. Il est satisfait que l’argent soit employé comme instrument de l’élimination du Plan Divin et pour l’installation du naturalisme. L’argent et la vraie richesse sont séparées. Le désir de l’argent, qui est simplement un moyen d’échange, est illimité, alors que le désir de propriété et de biens matériels doivent engendrer une vie de famille forte, est limité par nature. Les manipulateurs d’argent veulent de l’argent qui doivent changer de mains dans une fréquence de plus en plus grande, pour en accroître leur montant. Le résultat est qu'une culture du consumérisme s'ensuit et le rythme de la société s’intensifie constamment pour satisfaire ce but. L’usure est encouragée et la dette est promue comme moyen d’accumuler des biens de consommation. L’ordre moral est attaqué pour affaiblir la prospérité et le bonheur temporel. Satan hait la race humaine et par conséquent, il élargit la route qui contribue à la culture de mort. Par le biais de contraceptifs disponibles, il encourage la fornication et, ayant mis sur un piédestal la santé et le luxe comme les biens les plus désirables, il nourrit la tromperie illusoire parmi les couples mariés que d’avoir moins d’enfants amène une plus grande prospérité matérielle, et par conséquent, paix et bonheur. Etant Un meurtre à la base, Satan se délecte dans l’actuelle culture de l’avortement et de l’euthanasie. (Denis Fahey n’aura pas imaginé une notion aussi perverse que des
 « mariages » sodomites)."  


Cette traduction par mes soins est un extrait de l'article suivant : http://catholicism.org/catholic-world-of-fahey.html



samedi 18 novembre 2017

Le chemin de Damas et ses conditions modernes

Le Chemin de Damas
et ses conditions modernes 


La conversion de Paul par Le Caravage


« La vérité est que les Français d’hérédité catholique, que les désaffectés du catholicisme qui se croient le plus loin de la croyance de leurs ancêtres, ne sont séparés de celui-ci que par un mince rideau, qu’ils prennent pour un mur blindé…
Ce mince rideau, qui sépare de la foi les hommes de tempérament catholique, n’a jamais été plus flottant qu’à notre époque, où d’une part, la surabondance des notions, la suractivité intellectuelle provoquent et nécessitent des crises du sensible, – où d’autre part la cause de la Religion et celle de la Race apparaissent comme inséparables.
C’est pourquoi le chemin de Damas n’a jamais été plus fréquenté, plus carrossable. Je prévois que beaucoup de nos contemporains s’y engageront en automobile. Le goût effréné de la vitesse s’appliquera même à la conversion. »

Léon Daudet, Le chemin de Damas, 12 avril 1903

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   « La plupart des gens désirant se convertir au catholicisme, font cette démarche par rejet de la société moderne, ils ne vont naturellement pas être séduits par l'Eglise conciliaire qui est, en exagérant un peu, une excroissance du cosmopolitisme mondial (…) Faut bien comprendre que pour beaucoup d'entre nous souhaitant recevoir le baptême, venons de milieux anticléricaux, anti catholiques, de gauche... Et avons été " dressés" à détester les catholiques et à moquer leur austérité apparente. Les personnes sur le chemin de la Vérité, iront directement chez des traditionalistes, c'est à ce moment qu'arrive la confrontation entre la provenance sociale du pré-néophyte et le "milieu tradi (…) En résumé, les communautés de catholiques traditionalistes, devraient, selon moi, être aux petits soins des nouveaux venus, ils sont très loin de s'imaginer le chemin extraordinaire qu'empruntent ceux qui désirent devenir catholiques. Ils ne se rendent pas compte, et c'est normal, que des types comme moi, nés et élevés dans une banlieue française sordide, dans une famille de gauche anticatholique, ayant écouté du rap, éduqués dans les écoles laboratoires de la république, ayant voulu émigrer vers les Etats-Unis par haine de la France...etc, ne sont pas prédestinés à retourner vers le Christ. Nous venons du bas et devons monter la pente. »

Témoignage trouvé sur Facebook le 31/10/2017

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« Arrivé aux sanctuaires par un matin glacial de février 1984, je dus la laisser aux piscines et lui donner rendez-vous devant la Vierge de la Grotte. Pendant ce temps je cherchai un endroit abrité du froid et je trouvai la Crypte où débutait une Messe de semaine avec une dizaine de fidèles. C'était ma première Messe, et je m'assis au fond de la chapelle, attentif tout de même. A un moment, le prêtre se leva et lut : "Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira". Ce fut un choc pour moi, car c'était une phrase du rituel de l'initiation au grade d'Apprenti, souvent répété en Loge. Et j'appris ainsi que c'était Jésus qui avait prononcé le premier ces paroles ! Ensuite, dans le silence qui suivit, moi qui m'étais moqué des locutions de Jeanne d'Arc, j'entendis une voix douce me dire:"C'est bien, tu demandes la guérison de Claude, mais qu'as-tu à offrir?" Là, je fus bouleversé et je ne vis que moi à offrir. Si bien qu'après la fin de la Messe je rejoignis rapidement le prêtre dans la sacristie et après lui avoir avoué mon appartenance maçonnique, je lui demandai de me baptiser. Mais, il me renvoya vers mon diocèse. Je rejoignis Claude à la Grotte : elle était transie et se demandait où j'étais passé. Elle n'était pas guérie, mais, cependant, je la harcelais de question sur la religion.Trois mois plus tard, je fus baptisé et Claude, guérie, m'accompagnait au baptistère. Ma conversion et sa guérison étaient bien liées. »
Maurice Caillet, ancien franc-maçon

   J’en ignore le nombre mais j’ai eu l’occasion d’en rencontrer virtuellement cet automne d’où l’idée de ce texte : les nouveaux convertis - à l’image de Saint Paul passé du pharisianisme au christianisme qu’il combattait jusque là - lorsqu’ils passent de l’autre côté du miroir, comme ce sont des personnalités entières et passionnées, ils vont au bout des choses. Ils se tournent généralement vers l’église catholique (je parle du Catholicisme, c’est ce que je connais le mieux et elle est particulièrement honnie tout de même) mais pas l’église catho gentillette qui fait des happenings dansants en entonnant des chants gospel en tapant des mains dans les églises pour bien montrer qu’ils sont ouverts à tout. Non, les « nouveaux Paul » eux, se tournent vers le Catholicisme traditionnel, celui à chapelets, à curé en cols romains, à rogations et attaché à la messe en latin. 

Et pourquoi donc, sinon peut-être par esprit de provocation ?

C’est là que les « conditions modernes » interviennent : internet.

Cette invention, probablement destinée à abrutir les masses à coup de sites de scandales, de consommation en ligne, de ragots et de pornographie a accompli en partie sa mission. Sauf que, panique générale chez nos prescripteurs d’opinion : internet sert aussi à diffuser des informations et des informations que nos « grands médias » ne diffusent pas et nos Paul de Tarse modernes ont décortiqué, recoupé, mis en perspective toutes les informations, un procédé décuplé lorsque on peut lire dans plusieurs langues, en particulier l’anglais, la langue de « l’Empire ». D’ailleurs, à la Pentecôte,  lorsque Dieu envoie l’Esprit Saint aux apôtres, ceux-ci se retrouvent également polyglottes…

   Certains, d’une grande curiosité, lisent aussi des livres sur la question car selon eux, une certitude s’impose : il y a depuis longtemps un complot contre la chrétienté et que l’on a éloigné les gens de ses valeurs pour leur faire accepter le grand désordre moral, sexuel et économique que nous connaissons actuellement. La déliquescence morale et le relativisme des prélats tombaient aussi à pic! 
  
 Car en plus, les nouveaux convertis ne se contentent pas d’égrener le chapelet ou de déplorer l’avortement, ils se renseignent sur le fonctionnement de l’économie et réalisent que tout est fait pour que l’on s’endette de plus en plus et qu’une poignée de gens possède une très grosse proportion du magot. Et ça, si des bons économistes non croyants comme Bernard Maris l’ont compris, des catholiques l’ont compris aussi.. C’est le cas de Pierre Jovanovic par exemple, un journaliste spécialisé dans la finance. Ca a été aussi le cas d’un révérend catholique irlandais, Denis Fahey (1883/1954) que j’ai découvert il y a peu et qui a imaginé un modèle social basé sur le catholicisme différent du libéralisme comme du communisme. On pourrait citer aussi Alexandre Douguine, orthodoxe, qui a théorisé une « quatrième économie politique » qui fait la synthèse entre conservatisme et socialisme.

Et la souplesse d’esprit de ces nouveaux convertis fait qu’ils passent aussi par des penseurs de gauche comme Jean-Claude Michéa par exemple pour essayer de trouver la vérité, et qui aboutit, avec un prisme a-religieux, au même constat. 

C’est ainsi qu’un jour, ils tombent de leur cheval : si les super riches n’aiment pas le catholicisme, c’est qu’il doit y avoir quelque intérêt à voir de plus près ce que cette religion apporte comme message au delà de l’Inquisition, les Croisades et le train de vie scandaleux de certains ecclésiastiques.

Certains font un virage à 180° et passent du communisme - parfois la tendance la plus fidèle à la grande époque des régimes que « les pays du Bien », les Etats-Unis en tête, ont utilisé comme épouvantails aux peuples pour qu’ils se tiennent tranquilles pendant des décennies - au catholicisme, ou imaginent une combinaison entre les deux… 

Au fond, on change simplement de religion et le marxisme-léninisme étant très iconique, cette idéologie fait l’objet pour certains d’une vraie dévotion avec ses figures tel que Lénine, Marx, Engels… comme autant d’icônes…

« l’athéisme est une idéologie impossible. Rien ne vient de rien. Cela clos le débat. Je ne vois l’athéisme ni comme progressiste ni comme nécessaire pour la construction du socialisme. » 

Pourtant l’athéisme est l’un des piliers du marxisme-léninisme mais certains ont du comprendre avec justesse que le christianisme c’est également la défense du pauvre, du faible, des valeurs de partage avec en plus, une dimension transcendantale. Et les nouveaux convertis le comprennent bien mieux que bien des « catholiques » bien installés avec leurs certitudes dans leurs manoirs, leur patrimoine familial conséquents qui ont fait énormément de mal à la foi chrétienne en Occident.

Mais, si nous sommes bien éloignés d’une époque où des moines en robe de bure, parcourait les routes européennes un livre enluminé à la main, de nos jours, sous des oripeaux technocratiques, équipé d’un smartphone, d’un ordinateur et empruntant les lignes aériennes, on peut être mus par un désir de transmettre la vérité évangélique et d’avoir soif de vérité. D’autres, moins dotés en moyens technologiques et matériels, vont néanmoins trouver des moyens plus modeste d’agir, en premier lieu de tourner le dos à la consommation effrénée et aux injonctions médiatiques qui rendent hystérique, névrosé et ignorant. L’important est de suivre le logos.

En lisant ces lignes, certains vont craindre que nos nouveaux convertis soient des opportunistes, des gens irrationnels aux passions violentes, qui changeront à nouveau d’avis dans quelques mois ou quelques années, mais il est néanmoins troublant de constater que dans les milliards de kilomètres des circuits électroniques,  au coeur de ce web  conçu et promu par des transhumanistes et des globalistes, des anges facétieux se soient glissés dans les circuits et qui peut rappeler cette belette, petit animal facétieux, qui a enrayé le fonctionnement du grand collisionneur de hadrons en avril 2016…



dimanche 29 octobre 2017

Né en 1944

Bruxelles en 1944


Je me souviens, je me souviens. Je suis né en avril 1944 dans Bruxelles occupée, sous les signes de la Gestapo et des bombardement américains qui s’amusaient à détruire les usines tout en épargnant les casernes. Nonobstant la vie des siens, à cette époque, mon père, officier dans la marine marchande belge, travaillait pour les Anglais en tant qu’agent double. Une sale guerre. Il fut d’ailleurs décoré en 1946 des mains du Maréchal Montgomery au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. La Belgique ne savait pas, elle l’avait pris pour un collabo. J’ai donc connu l’après-guerre, ma famille ruinée, la misère. Puis, petit à petit, l’espoir revint. Dans les années 50, on parlait d’Europe, de Marché Commun, et l’optimisme revenait. C’est l’époque où mes grandes soeurs et moi chantions beaucoup de chants en canon, dont cette « Ode à la joie » aujourd’hui dévoyée. Les voisins se mettaient aux fenêtres pour mieux nous écouter. Je me souviens. Je me souviens du sourire de mon père, je me souviens de notre naïveté. Cette Europe, Dieu sait que nous l’avons rêvée, encore et encore. Cette fraternité, cette confiance. Las ! Aujourd’hui, je suis vieux et, le recul et l’expérience aidant, les connaissances de l’Histoire, aussi, je me dis que l’Allemagne a gagné la guerre. Sans les Panzers, sur tous les fronts, de l’Est comme de l’Ouest, elle dirige d’une main de fer avec une morgue et un cynisme rares. Les peuples plient à nouveau. Il est curieux de constater à quel point les peuples sont oublieux, et pourtant ils sentent bien que cette Europe n’est pas faite pour leur bonheur. Mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour avoir sa saucisse et sa bière quotidiennes…





 L’Histoire recommence, et peut-être que pour se libérer de cette insupportable mainmise teutonne sur l’Europe, il faudra à nouveau la force. Je ne compte pas sur les « Black Blocks » et consorts, ils sont bien souvent manipulés, cf les « années de plomb » en Italie. J’ignore d’où viendra l’étincelle, mais je sais qu’elle viendra. Cet « hymne européen, cette « Ode à la joie », finale de la 9e symphonie de Beethoven, était à l’origine une « Ode à la liberté ». De « Ô Freiheit" à « Ô Freude ». Censurée. Déjà. Trop dangereux… Aujourd’hui, je vomis. Je vomis cette Europe des possédants. Je vomis cette « Ode à la joie. Je vomis l’Allemagne. Je vomis les Anglo-Saxons sans qui l’Allemagne ne serait devenue cette ogresse boulimique que l’on connaît à présent. Je vomis mais j’espère. Encore et encore. Je me souviens, je me souviens……….


Témoignage trouvé sur Facebook


mercredi 25 octobre 2017

Monde terrien et monde maritime




- Est-ce le Brexit que vous aviez en tête lorsque vous avez discuté de l’isolement de la Grande-Bretagne dans votre livre « Fondamentaux de géopolitique » ?

- Pas exactement. Je considère la Grande-Bretagne comme la Puissance Maritime et le matrice de la modernité et du libéralisme. L’Europe continentale - germano-celtique et greco-romaine - est opposée   à la Puissance Maritime, elle est la Puissance Terrienne. Ici, je partage complètement les analyses de Carl Schmitt. De plus, je considère l’Irlande comme une partie de l’Europe faisant partie de la tradition et non de la modernité. Ainsi, l’histoire de l’Irlande est celle du calvaire de la tradition qui souffre du génocide de la part de la modernité anglo-protestante.




Mais d’un autre côté, l’Union Européenne actuelle n’est pas basée sur la Tradition. C’est quasiment l’opposé. Elle est basée sur l’ultra-libéralisme et sur le mondialisme c’est à dire la société post-moderne liquide (Z.Bauman), donc l’UE actuelle est la pire chose qui soit. Que la Grande-Bretagne quitte l’UE est une bonne chose pour deux raisons : 1. La Grande-Bretagne se libère elle-même de l’Euro-globalisme (qui est une bonne chose pour l’identité britannique quelqu’elle soit) 2. Cela libère l’Europe de sa pression libérale-financière, aussi bien que de l’outil américain donnant à Europa une chance de retourner à sa propre identité continentale (anti-libérale). Je ne surestime pas cette chance et je suis d’accord pour dire qu’elle est relativement petite, mais néanmoins, c’est une chance.

Alexandre Douguine  (courte entrevue avec le chercheur irlandais en géopolitique russe C.Maloney)

https://www.geopolitica.ru/en/article/eurasian-laugh





Et voici des propos qui corroborent totalement l'analyse d'Alexandre Douguine :

Alors, à quoi est dû ce sentiment largement partagé qui évoque les blocages de la France ?
Ce qui est vrai, c’est que la France modifie assez peu ses lois. Pour une mauvaise raison d’ailleurs, car nous avons de la peine à admettre les changements homéopathiques. Et pour une autre raison : les nations maritimes valorisent le changement, les nations rurales valorisent la permanence.

La France borde pourtant plusieurs mers. Elle aurait pu être une nation maritime ?
Elle a essayé de le faire à huit reprises, comme je l’aborde dans mon dernier livre. Mais la France a choisi d’être une nation rurale car elle possède des terres et une agriculture très riches.

Jacques Attali (source ici : https://www.24heures.ch/economie/suisse-doit-penser-hotel/story/20952391)

mardi 10 octobre 2017

Message à la jeunesse russe




Déclaration du défunt patriarche Alexis II, à la jeunesse russe (1991)


Mes chers enfants


   J'ai 62 ans. Vous êtes à peu près trois fois plus jeunes. Il est évident que vous aurez à vivre dans un monde qui sera très différent de celui où j'ai passé toute ma vie, à l'exception de la dernière période la plus difficile qu'il me reste à vivre. La société dans laquelle vous vivrez sera plus dure. 

   J'espère qu'elle comportera moins de pression extérieure, étatique. Mais elle nous poussera d'elle-même à l'action, au choix, à l'activité incessante, à la lutte pour survivre et réussir. Et le fardeau de la liberté est toujours dur, toujours difficile.

   La société dans laquelle vous allez entrer (ou dans laquelle on vous conduit) sera sans précédent dans l'histoire. Ce n'est pas un compliment que je lui fais. C'est un avertissement que je vous donne. Le fait est que pour la première fois, une société d'économie concurrentielle va se fonder dans les CONDITIONS d'un effondrement spirituel. La société de l'économie de marché en Europe est née dans le milieu du sévère puritanisme protestant, qui donna une valeur morale et religieuse à l'activité économique et sociale de l'homme. a son tour, l'Eglise Catholique, sortie de la Contre-réforme plus forte qu'elle n'y était entrée, a aidé l'homme à se libérer de "l'unidimension" économique, lui a rappelé qu'il était, avec tous ses semblables, avant tout un enfant de Dieu, et seulement en second lieu, un entrepreneur ou un ouvrier. C'est ce que peut donner aussi, avec beaucoup d'autres rappels spirituels indispensables, notre Eglise Orthodoxe Russe. Mais seront-ils nombreux, ceux qui sont prêts à nous écouter?

   Faut-il convaincre aujourd'hui quelqu'un que même dans les années de la perestroïka, notre société dans son ensemble n'est pas devenue plus spirituelle? Il y a des gens, et grâce à Dieu, ils sont assez nombreux, qui ont pu sérieusement s'approcher du monde chrétien et sont devenus plus doux, plus profonds, plus graves. Mais en voyez-vous beaucoup parmi vos amis et êtes-vous prêts vous-mêmes à prendre leurs avis au sérieux?

   Aujourd'hui notre société n'a en fait pas de valeurs nationales communes, et les gens qui créent une nouvelle façon de vivre n'ont pas d'inspiration religieuse. C'est pourquoi je crains que les changements, les changements indispensables et inévitables, vont dégringoler lourdement sur beaucoup de destins. Y compris les vôtres. Dieu vous donne le courage et la patience, la capacité de supporter l'adversité, et surtout, qu'il vous donne la faculté de discerner quand vous-mêmes causez du mal aux autres. 

   Vous allez vivre dans une nouvelle Russie. Dans la Russie qui s'en va maintenant, la Russie communiste, nous n'avons pas seulement beaucoup perdu, nous avons aussi trouvé quelque chose. En particulier, quand l'activité extérieure, sociale était dangereuse, quand l'état diffusait un froid corrosif, les gens ont appris à chérir la chaleur des relations humaines, la chaleur de la vie familiale, ils ont acquis la sage faculté d'être en paix avec leur âme. Les gens avaient peur de s'ouvrir à n'importe qui mais le faisaient entièrement avec quelques proches. Ils avaient faim de vérité et souffraient d'un déficit d'information, mais d'un autre côté, prisaient chaque parcelle de vérité de toute la profondeur de leur âme. Comme je voudrais que cette honnêteté vis à vis de soi-même, devant la Vérité, et aussi cette chaleur humaine et spirituelle fût votre héritage dans le monde où vous allez vivre. 

   Je suis moine, je n'ai pas de famille, pas d'enfants. Mais je sais au nom de quoi j'ai renoncé à cette grande joie terrestre. On peut renoncer à l'amour pour une seule personne et pour celles qui viendront au monde en conséquence de cet amour au nom d'un autre amour, plus grand, l'amour de Dieu, au nom de la vocation, de la possibilité de se consacrer entièrement au service de tous. Mais j'éprouve une grande amertume à voir tant de jeunes gens renoncer aux enfants au nom de buts très différents et sans commune mesure, au nom du "confort" quotidien. Et non seulement ils y renoncent, mais ils les tuent, ils ne leur permettent même pas de naître, les tuant dans le sein maternel... Le monde dans lequel vous entrez peut devenir celui des assassins sans remords, des assassins qui ne comprennent même pas ce qu'ils ont fait, ce qu'ils ont approuvé. Le christianisme dit que l'homme vient au monde pour qu'après lui, celui-ci devienne au moins un tout petit peu plus clair et meilleur. Le christianisme nous dit qu'on vient au monde pour donner, et non pour utiliser. Et avant tout, on doit se donner soi-même. Je crains qu'aujourd'hui, on soit élevé comme une sorte de «machine à sensations », au plaisir de laquelle doit servir tout le monde environnant. Je dois vous prévenir que le christianisme voit autrement la place de l’homme. Souvenez-vous de la Crucifixion du Christ, souvenez-vous comme il a aimé le monde. Ou bien rappelez-vous les paroles de Pasternak sur la vie humaine : « La vie n’est pourtant qu’un instant, que la dissolution de nous-mêmes en tous les autres, comme une offrande que nous leur faisons ».

   Etre chrétien est difficile. Mais c’est justement le christianisme qui a rajeuni le monde. Oui, dans l’Orthodoxie, les anciens, qui ont reçu leur sagesse de l’enseignement de leurs pères spirituels, ont beaucoup d’importance. Mais s’il advient à quelqu’un d’entre vous le bonheur de rencontrer un prêtre, un starets vraiment spirituel, vous verrez combien vit en lui de jeunesse, de joie, de lumière, de forces intérieures et de paix. « Je suis venu, dit le Christ, pour vous donner la vie, et la vie en abondance » (Jean 10.10). Et si la jeunesse est le symbole de la plénitude de la vie, alors le christianisme est vraiment la voie des jeunes.

   Que ne vous trouble pas le fait qu’il y ait plus, en nos églises, de vieilles que de jeunes. Dans l’Eglise, il y a aussi de la place pour vous. Et dans votre âme, il y a une place que Dieu a créée pour séjourner en vous-mêmes. Et si cette place est emplie par le Dieu Vivant, et non par des idoles, y compris celle de l’amour-propre et du souci de son propre bien-être, alors en votre âme vous acquerrez le Courage de supporter les avanies du futur, et la miséricorde pour les adoucir, et ‘amour pour ne pas redouter les gens qui ont besoin de vos soins. Que Dieu vous délivre de l’amour de vous-mêmes et vous donne l’esprit de la prière !

   Je suis un serviteur du culte. Mais que ne vous trouble pas le fait que les prêtres soient habillés de noir. La joie de Dieu et du salut de l’homme nous la portons dans nos cœurs, car ce n’est pas en vain que le Seigneur dit : « Que ma joie soit avec vous, et votre joie sera complète… Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie ». (Jean 15, 11 ; 14.27). La couleur de nos vêtements souligne la pureté de notre joie, la différencie de ce qui peut satisfaire l’homme en un monde sans Dieu.  
Et si au cours de votre vie, vous sentez qu’au fond de votre cœur il y a un vide que rien de ce que vous rencontrez dans le monde ne peut combler, souvenez-vous que le Christ existe, et l’Eglise qui témoigne d’elle-même par les paroles de l’apôtre : « considérés comme des imposteurs, quoique sincères et véritables, comme inconnus, quoique très connus ; comme toujours mourants, et vivants néanmoins ; comme châtiés mais non jusqu’à être tués ; comme tristes et toujours dans la joie ; comme pauvres et enrichissants plusieurs ; comme n’ayant rien et possédant tout. Ma bouche s’ouvre et mon cœur s’étend par l’affection que je vous porte. » (2 Cor.6,8-11).

Avec amour, espoir et inquiétude pour vous.
30 juin 1991
Le patriarche de Moscou Alexis II


   Alexis II a été primat de l'église orthodoxe de Russie de 1990 jusqu'à sa mort en 2008. Une époque qui coïncide avec l'effondrement de l'URSS suivi de la "purge" ultra libérale d'origine américaine qui a mis ce pays à genou avant un redressement économique de l'ère Poutine. Cette époque marque aussi le renouveau de la foi orthodoxe en Russie marquée symboliquement par la reconstruction de la Cathédrale du Christ Sauveur en 1997. 










Merci à Laurence pour ce texte





vendredi 23 juin 2017

Un paysan contre le système




J'ai été étonnée d'apprendre il y a bien longtemps l'existence du métier de "conseiller en agriculture" et qu'il consistait à dire aux paysans ce qu'ils allaient qu'ils fassent sur leurs terres. Pour moi, les paysans savaient très bien ce qu'ils devaient faire sur leurs exploitations d'autant plus que nombreux sont ceux qui sont les héritiers de familles d'agriculteurs depuis plusieurs générations. Le vrai objectif ? Sans doute "optimiser" la production alimentaire et surtout, mettre un système de normes de plus en plus drastiques commanditées par l'Union Européenne. Ce sont bien sûr les grandes entreprises agro-alimentaires qui sont les grandes gagnantes et les perdants, les petits agriculteurs et bien sûr les consommateurs.

Depuis plusieurs décennies et dans l'indifférence générale, des fermes disparaissent et sont parfois vendues à de grands groupes, des fonds de pension souvent d'origine étrangère quand elles ne sont pas transformées en résidence secondaire.

C'est cette logique que Jérôme Laronze (photo), éleveur de bovins en Saône-et-Loire refusait ce qui lui a occasionné un véritable harcèlement de la part des services vétérinaires au point qu'il a décidé de se cacher et, ayant été retrouvé par les gendarmes, abattu sans raison apparente par les forces de l'ordre.

Ce fait divers d'abord confidentiel prend de l'ampleur et est repris par des sites d'information tant à gauche (Rébellyon, Bastamag...) que par la droite (Média-Presse Info, TV liberté)

Jérôme Laronze faisait partie de la Confédération Paysanne, ce syndicat paysan qui défend les petites exploitations et milite contre la production industrielle.

Celui-ci commence à s'organiser : http://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/saone-et-loire/macon/hommage-veillee-ete-organisee-hommage-jerome-laronze-ce-mardi-20-juin-macon-1283541.html


TV Liberté a fait venir Stéphanie Bignon de l'association de Saône-et-Loire "Terre et Famille" pour parler de ce drame et de ce qu'il révèle sur l'état de l'agriculture française 








Un paysan tué par de gendarmes, un fait divers tragique vu par : 

  - Bastamag : https://www.bastamag.net/Un-paysan-tue-par-les-gendarmes-la-pression-des-controles-sanitaires-en

  - Rébellyon : https://rebellyon.info/Un-agriculteur-de-la-Conf-abattu-par-des-17903

  - Média-Presse info : http://www.medias-presse.info/un-jeune-agriculteur-trop-intelligent-a-ete-abattu-en-soane-et-loire-par-des-gendarmes-dans-lindifference-des-grands-medias/75474/


L'avenir passe par une agriculture familiale qui permette la souveraineté alimentaire, la confiscation des terres et des semences par quelques multinationales est un réel danger pour les peuples à qui on pourrait brandir l'arme de la faim, je parais catastrophiste mais pourquoi pas...









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mercredi 21 juin 2017

Bouddhisme de pacotille

Aujourd'hui, j'ai trouvé des liens très instructifs sur un phénomène qui m'agace et qui m'intrigue à la fois depuis maintenant un certain temps : le mélange des genres religieux, la médiation de "pleine conscience" et le bouddhisme en particulier.... L'engouement est tel que j'ai vu récemment dans un hypermarché des statuettes en vente, on peut parler donc de "bouddhisme de supermarché", je ne suis pas sûre que cette vieille tradition spirituelle orientale soit au final bien respectée....







Soumission, dévotion et abus sexuels : j'ai enquêté sur le bouddhisme en France



Par 
Anthropologue


 Alors que le dalaï-lama est en visite en France, l’anthropologue Marion Dapsance sort ce 15 septembre "Les dévots du bouddisme" (Max Milo). Pendant sept ans, elle a enquêté sur les centres Rigpa, un réseau international dirigé par un proche du dalaï-lama. Elle dresse aujourd'hui le portrait d’une organisation sectaire, dont le maître, le lama Sogyal Rinpoché, serait le gourou. Témoignage.


Dans l’esprit des Occidentaux, le bouddhisme est une "spiritualité laïque", une "science de l’esprit". Bref, quelque chose de tout à fait rationnel.

J’ai commencé il y a quelques années à lire des ouvrages sur la méditation, avant de vouloir aller plus loin. Je me suis rapprochée d’un centre bouddhiste tibétain.

J’habitais sur la Côte d'Azur à l'époque, et je me suis rendue dans une structure de l’association Rigpa, à Nice. Il s’agit d’un réseau international dirigé par Sogyal Rinpoché – "Rinpoché" est un titre qu’on donne à plusieurs lamas et signifie "joyaux très précieux" –, un maître bouddhiste tibétain soutenu par le dalaï-lama. Il est l'auteur du best-seller "Le livre tibétain de la vie et de la mort".

Ce que j’ai découvert dans ce centre était aux antipodes de ce que nous, Occidentaux, connaissons du bouddhisme pratiqué à des fins de développement personnel. Les maîtres asiatiques proposent des rituels très compliqués et en tibétain. Ils font intervenir des divinités et demandent une soumission absolue au maître.

J’ai réalisé que je me retrouvais face à un choc des cultures qui pouvait donner lieu à des quiproquos et des désillusions. J’ai continué à aller suivre les enseignements bouddhistes, mais pour mener mon enquête.



Sept ans d'enquête

J’ai décidé que ce sujet ferait l’objet de ma thèse de doctorat en anthropologie, à l’École pratique des hautes études. J’y ai consacré sept ans. Les deux premières années, je me suis inscrite comme "étudiante"  – c’est comme ça qu’on appelle les disciples – au centre de Levallois pour suivre des cours de méditation, des retraites spirituelles et des enseignements publics.

Après mon enquête de terrain, j’ai entamé une série d’entretiens avec des personnes beaucoup plus avancées que moi dans la voie proposée, et qui m’ont fait part de leur expérience.

Puis il a fallu que j’acquière des connaissances sur le bouddhisme tibétain et la culture tibétaine, mais aussi sur les religions occidentales, qui ont permis de récupérer le bouddhisme pour l’ériger au rang de "religion laïque".

Méditer devant une vidéo du maître

Mes premières séances de méditation étaient fidèles à l’idée que je m’en étais faite. En tailleur, le dos droit, les étudiants concentrent leur esprit sur un point.

Sauf que, rapidement, on bascule dans un autre registre. On conseille aux étudiants de méditer devant l’image du maître, Sogyal Rinpoché, voire devant une vidéo de lui. Sa présence, même à travers l’écran d’une télévision, apporterait des bénédictions.

On nous enseigne ensuite que, ce qui est vraiment efficace, c’est d’avoir de la dévotion pour le maître et d’assister à ses enseignements. Le centre principal de retraite du réseau international Rigpa se trouve en France, près de Montpellier. Il a été inauguré en grandes pompes en 2008 par le dalaï-lama. Carla Bruni, Bernard Kouchner, Rama Yade et d’autres personnalités étaient présentes ce jour-là.

Branle-bas de combat pour trouver un trône

J’ai assisté à des enseignements de Sogyal Rinpoché au centre de Levallois-Perret. Il arrive généralement avec une demi-heure, trois quarts d’heure, voire deux heures de retard. Dès son entrée en scène, il s’adresse aux gens au premier rang et leur reproche de ne pas avoir fait leur travail. Les étudiants reconnaissent avoir mal agi, et se confessent publiquement.

Outre ses plaisanteries bas de gamme, il arrive au lama d’être violent. J’ai pu le voir empoigner quelqu’un par les cheveux et le traiter de "yak". Je l’ai également vu se mettre en colère car il n’avait qu’un siège basique. Branle-bas de combat pour lui trouver un trône. Les gens qui avaient payé pour assister à son "enseignement" ont dû prendre leur mal en patience.

Enfin, toute une organisation est dédiée au bien-être personnel du maître. J’ai eu accès aux guides qui recensent les procédures à suivre pour satisfaire Sogyal Rinpoché. Parmi les recommandations, il lui faut une piscine chauffée à proximité, un lit double, une marque de thé spéciale, des repas à base de bœuf et une Mercedes de fonction avec chauffeur. Il doit également pouvoir capter la chaîne CNN partout où il va, disposer d’une cuisinière et d’une masseuse 24 heures sur 24. Surprenant, pour une spiritualité qui rejette le matérialisme. 

Abus sexuels et violences

Lorsque j’ai commencé ma thèse, j’ai rencontré Olivier Raurich, ancien directeur de Rigpa France et traducteur de Sogyal Rinpoché, pour l’informer de ma démarche. Je lui ai dit que je voulais enquêter sur la façon dont les lamas tibétains transmettaient le bouddhisme aux Occidentaux. Je lui ai également précisé que j’avais entendu des rumeurs sur des abus sexuels dans les centres Rigpa. J’ai joué cartes sur table. Quelques années plus tard, en 2015, Olivier Raurich a démissionné en dénonçant les pratiques sectaires du groupe.

Sogyal Rinpoché a eu des démêlés avec la justice en 1994 aux États-Unis. Une jeune femme avait porté plainte pour abus sexuels et violences dans un centre Rigpa. Mais la justice américaine permet la signature de conciliations. Le maître avait sorti une grosse somme d’argent pour que l’ancienne dakini arrête les poursuites.

Le terme tibétain dakinis désigne des divinités féminines. Celles-ci détiendraient des enseignements secrets qu’elles transmettraient au lama dans un langage codé. Mais il semblerait que dans ces centres, les dakinis ne soient ni plus ni moins que des partenaires sexuelles. 

J’ai rencontré certaines d’entre elles au cours de mon enquête. Notamment une Franco-japonaise qui a réussi à quitter le groupe. Elle a même entamé une procédure judiciaire, avant d’arrêter les poursuites. C’était la parole du maître contre la sienne. Elle a préféré passer à autre chose.

"Folle sagesse"

La force de Sogyal Rinpoché, c’est d’avoir diffusé le concept de "folle sagesse" : sa folie ferait de lui quelqu’un de sage. Plus il se comporte de manière inattendue, violente, agressive et irrespectueuse, plus cela prouve qu’il est un être éveillé, omniscient, au-dessus des contraintes sociales. Si vous ne voyez en lui qu’un gars qui se comporte mal et abuse de son pouvoir, c’est que votre esprit est "obscurci".

Deux options s’offrent alors à vous : soit vous finissez par comprendre que votre maître agit par compassion, soit vous êtes exclu du groupe. Nous sommes dans un système incritiquable, basé sur la foi totale et absolue en Sogyal Rinpoché.

Le dalaï-lama ferme les yeux

Un peu plus de la moitié des étudiants de ces centres bouddhistes ne souhaitent pas aller plus loin que la méditation. Mais beaucoup continuent, s’investissent et passent à une autre forme de bouddhisme.

Certains d’entre eux décrochent en cours de route et réalisent qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Qu’ils soient allés trop loin ou qu’ils aient su s’arrêter à temps, la désillusion reste grande.

Je suis évidemment allée à la Miviludes – Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires – pour les informer de mes recherches. L’organisme m’a avoué être déjà au courant de ce qui se tramait dans les centres Rigpa… Mais il n’a, pour l’heure, pas réagi, malgré le caractère très discutable de ces pratiques.

Quant au dalaï-lama, il est lui-aussi au courant du comportement de Sogyal Rinpoché. Après le scandale de 1994, il a pourtant refusé de signer une charte de bonne conduite pour les lamas qui enseignent en Occident. Depuis, il ferme les yeux. Certainement pour ne pas donner une mauvaise image du bouddhisme tibétain.


Propos recueillis par Julia Mourri



Marion Dapsance a aussi donné une conférence pour le Cercle de l'Aréopage tout récemment où elle explique très clairement la différence qu'il y a entre le "vrai" bouddhisme pratiqué en Asie et en particulier au Tibet et l'ersatz de bouddhisme qui a été popularisé en Occident. Puis elle aborde l'origine de cet engouement suivi par des réactions et des questions du public. Son exposé est d'une grande clarté et d'une grande sobriété et m'a appris énormément sur cet engouement qui ne m'a jamais touché personnellement mais qui touche pas mal de gens autour de moi.







Heureusement, cet engouement pour les religions lointaines qui sent quand même bon l'exotisme de pacotille a été tourné en dérision avec talent il y a soixante de ça 😸









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