vendredi 18 mai 2018

La maison battue par les vents (Windswept House) - Projet pour l'église

Paru en 1998 aux Etats-Unis, "Windsept House" - traduit que récemment en français sous le titre "La maison battue par les vents - est une fiction à suspense qui retrace de façon romancée l'évolution du Vatican et par conséquent du Catholicisme Romain depuis la fin des années 50 ou plus exactement 1957 et le traité de Rome. Cette fondation de la future union européenne est un grand jalon dans le processus alors naissant de la mondialisation et l'on comprend que le Vatican va y jouer un rôle clé grâce à des personnages occultes qui ont investi cette vieille institution. L'auteur, un prêtre irlandais, Malachi Martin (1921/1999), qui a séjourné plusieurs années dans la cité pontificale avant de s'en retirer et de s'installer à New York dès les années 60, utilise la forme du roman pour retracer ce qui selon lui est un complot contre l'Eglise. Celle-ci doit devenir un centre clé de la nouvelle "religion mondiale" qui se dessine petit à petit, le roman se terminant dans les années 90. Dès les premières pages, l'auteur nous jette dans une ambiance inquiétante : le 29 juin 1963, jour de la Saint Pierre et Paul, un rite sataniste aurait eu lieu dans la chapelle Pauline au coeur de l'Etat Pontifical... 

La trame centrale (imaginée 15 ans avant le renoncement de Benoît XVI) est la mise en place d'un complot : celui de pousser à la démission du Pape, jamais nommé par son vrai nom mais l'appellation de "pape slave", car s'il est - assez curieusement d'ailleurs - complice de la dilution du catholicisme dans le brouet indigeste des "nouvelles spiritualités" et le renoncement à des valeurs et à des rites qui sont des piliers de l'église depuis des siècles, le pape reste accroché à des valeurs non négociables selon lui comme l'interdiction de l'avortement ou l'indissolubilité du mariage, ainsi que - chose qui choque les "modernistes" - son dévotion à Notre-Dame-de-Fatima. Il s'agit donc, avec l'éviction de ce Pape, de hâter la "modernisation" de l'église catholique. Le roman nous entraîne dans les intrigues autour de ce projet avec des personnages ennemis ou défenseurs du souverain pontife.

C'est aussi l'occasion pour Malachi Martin de façon subtile, de dévoiler quelques aspects du projet mondialiste et de la géo-politique qui y est lié. C'est parmi ces passages que j'ai choisi de présenter des extraits de ce roman en espérant qu'il donne envie de le lire. 


" La maison battue par les vents" a été publié en français aux éditions Saint-Rémi







page 44 à 46 PROJET POUR L'EGLISE

(Mastroianni est un cardinal franc-maçon qui oeuvre pour la destitution du Pape Slave ainsi que Vincennes, un cardinal français)

   « Entre temps, la Deuxième Journée avait commencé aussi dans la Rome pontificale. Le fait ne fut guère souligné et passa donc largement inaperçu parmi le tohu-bohu du changement qui parcourait la société des nations tel un courant chaud. Néanmoins, par l'action adroite de Maestroianni et de ses nombreux associés, un courant de changement plus rapide et encore plus profond affecta la position et la fortune terrestre de l'Eglise catholique romaine, ainsi que de la Rome papale elle- même.

   La Rome du vieux pape (Pie XII) qui avait essuyé la Deuxième Guerre Mondiale n'était plus. Sa Rome pontificale, cette organisation hiérarchique extrêmement resserrée, avait disparu. Tous ces cardinaux, évêques et prêtres, tous ces ordres et instituts religieux répandus dans les diocèses et les paroisses du monde entier, unis dans la fidélité et l'obéissance à un Pontife suprême, à une persona papale en chair et en os, tout cela s'était évanoui. Evanouie aussi, la Rome excitée par le pentecôtisme, celle du « bon pape » qui ouvert les fenêtres et les portes de son antique institution en permettant aux vents du changement d'en balayer chaque pièce et chaque couloir. Sa Rome à lui aussi avait disparu, emportée par ces vents mêmes qu'il avait invoqués. Rien de son rêve ne subsistait, sauf quelques souvenirs déformés, quelques images rémanentes altérées et l'inspiration qu'il avait donnée à des hommes tel que Maestroianni.

   Même la Rome turbulente de l'infortuné pontife ayant pris le nom de l'Apôtre avait disparu, emportant avec elle jusqu'à la moindre trace des protestations pathétiquement inutiles de ce Saint Père contre la « décatholicisation » de ce qui apparaissait jadis comme les mystères les plus sacrés de la Rome papale. Grâce à Vincennes, ainsi qu'à ses zélés et compétents protégés – parmi lesquels Maestroianni lui-même -, lorsque ce Pontife eut déféré aux convocations de la mort après quinze ans passés sur le Trône de Pierre, une Rome nouvelle apparaissait déjà. Un nouvel organisme catholique était en cours de fabrication.

   En ce matin encore empreint de fraîcheur, le Cardinal Secrétaire d'Etat Maestroianni jeta aux jardins et au ciel un regard chargé de réflexion. Comme cela tombait bien, songea-t-il (et c'était même un présage), qu'aucun signe ni aucun son ne subsistât de l'hélicoptère qui emportait le Pape au loin ! Car non contente de s'opposer au Pape slave, cette Rome-là était anti papale. En fait, il y avait plus que cela : elle s'affairait à mettre en place une église anti papale.
Une nouvelle Eglise et un Nouvel Ordre Mondial. Tel était le but que l'on poursuivait dans la Rome nouvelle. Dans la Rome de Maestroianni.

   Maestroianni persistait à juger curieusement fortuit le fait que la seule pierre d'achoppement importante sur cette voie se fût révélée être un Pape perçu par beaucoup comme une « relique des temps révolus ». Dommage, songeait-il, qu'on en soit arrivé là. Car au début du nouveau pontificat, il avait trouvé encourageant le comportement du Pape. En effet, celui-ci s'est fait le champion de
« l'esprit de Vatican II » et l'avait même proclamé ; autrement dit, le patron des vastes changements introduits dans l'Eglise au nom du deuxième concile du Vatican. Par exemple, il avait accepté que Maestroianni fût nommé son Secrétaire d'Etat. Et il avait laissé le Cardinal Noah Palombo dans sa puissante position. Il avait consenti à promouvoir encore d'autres personnages qui haïssaient sa religiosité. En outre, il n'avait pas dérangé les braves francs-maçons qui besognaient dans la chancellerie vaticane. Tout cela semblait annoncer de sa part au moins de la complaisance, sinon de la complicité. Et les perspectives générales étaient prometteuses. Non seulement à Rome, mais dans tous les diocèses de la Catholicité, une phalange d'ecclésiastiques zélés se tenait aux commandes. Et un nouveau catholicisme était déjà parvenu à maturité.


   Bien entendu, on invoqua l'autorité romaine afin de propager ce nouveau catholicisme ; tel fut le mérite du rôle de Maestroianni dans l'illusion. Et l'on brandit le droit canonique, convenablement
révisé, dans le but d'imposer les nouveaux préceptes ainsi promus ; tel fut le trait de génie de ceux qui, dans le personnel du Vatican, dépendaient de Maestroianni. Mais le but recherché était toujours un catholicisme ne se reconnaissant aucun lien effectif avec celui de toujours.

   Certes, le Cardinal Secrétaire d'Etat Vincennes avait prévu que ce changement se produirait dans un avenir relativement éloigné. Ce qu'il restait à faire maintenant, c'était transformer la papauté elle- même en un domestique complaisante, voire coopérante au service de la création nouvelle, d'un nouvel habitat terrestre, d'un véritable Nouvel Ordre Mondial. Et lorsque cette transformation serait consommée, la Troisième Journée commencerait dans un paradis sur terre.

   Par conséquent, toute personne douée de raison se serait attendue à ce que ce Pape, qui avait si délibérément puisé dans les forces géopolitiques cachées ayant hâté la prochaine ruée des nations vers le Nouvel Ordre Mondial, fût la personne la plus indiquée pour achever la transformation de l'organisation catholique romaine en une servante compétente du Nouvel Ordre Mondial, c'est-à- dire pour aligner parfaitement l'institution ecclésiale sur la mondialisation de toute la culture humaine. Or, ainsi que l'avaient découvert le Cardinal et ses collègues, tant au sein qu'à l'extérieur de l'Eglise, ce Pape slave opposait aux progrès requis l'obstacle de son intransigeance.

   Car le Pontife ne pouvait pas bouger d'un iota sur certaines questions fondamentales relevant de la morale et de la doctrine. Il refusait absolument d'envisager l'ordination des femmes et l'assouplissement de la règle du célibat des prêtres. Il s'opposait à toute expérimentation génétique nécessitant l'utilisation d'embryons humains. Il ne voulait donner son aval à aucune forme de contraception, et encore moins à l'avortement, quelles que fussent les circonstances. Il insistait sur le droit de son Eglise à éduquer la jeunesse. Par dessus tout, il insistait sur le droit de son Eglise à contrer toute législation civile que lui-même et ses subordonnés avaient décidé de contrer pour leurs propres raisons morales et doctrinales . Bref, ce Pape slave ne voulait renoncer à aucune des principales prétentions traditionnelles de l'Eglise catholique romaine.

   C'est pourquoi aucun progrès véritable ne pourrait être accompli dans la réalisation des desseins grandioses du Nouvel Ordre Mondial tant que cet homme resterait Pape ? Du moins les progrès serait-ils si lents qu'on laisserait passer un délai important si les choses n'avançaient qu'au rythme actuel. Ce délai avait été présenté au Cardinal par ses collègues séculiers de la politique, de la finance et de la macro-économie comme une date d'importance mondiale avant laquelle la conversion totale de l'organisation institutionnelle de l'Eglise catholique devrait être un fait acquis.
Inévitablement donc, le Pape slave était devenu la cible privilégiée du changement. En fait, sa cible absolue.

   Maestroianni se détourna enfin de ses distractions jardinières. Il y avait de l'ouvrage. Avant la fin de la journée, s'il n'était pas interrompu d'ici là, il comptait avoir bien progressé dans chacune des trois tâches essentielles à la phase ultime de la transformation. Il avait fort bien géré le legs qui lui avait fait Vincennes, mais retraite ou pas, il n'avait pas encore réglé la moitié de ce qui restait en suspens.

   A tous points de vue de quelque importance, le petit Cosimo Maestroianni se considérait désormais comme un géant."






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